Lucien Didier sur le Tour 2015 – «Les coureurs sont des marionnettes téléguidées»

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Lucien Didier sur le Tour 2015«Les coureurs sont des marionnettes téléguidées»

LUXEMBOURG - Lucien Didier, le père de Laurent, revient sur les premières étapes du Tour de France. Il craint pour l'avenir du cyclisme au Grand-Duché.

Henri Jungels, le père de Bob, et Lucien Didier, le père de Laurent, au départ de la 2e étape du Tour de France 2015, à Utrecht.

Henri Jungels, le père de Bob, et Lucien Didier, le père de Laurent, au départ de la 2e étape du Tour de France 2015, à Utrecht.

Editpress/Gerry Schmit

Coureur professionnel de 1977 à 1984, Lucien Didier a participé six fois au Tour de France. Son fils, Laurent, prend part à la Grande Boucle pour la deuxième fois cette année. Il suit donc de très près les prestations des trois coureurs luxembourgeois engagés sur la plus médiatisée des courses cyclistes. «Depuis le départ d'Utrecht, je suis très surpris par le nombre important de chutes», affirme-t-il d'emblée. «Les coureurs me semblent crispés et déjà très fatigués après quelques jours de course. Tout le monde veut être devant et cela provoque irrémédiablement des dégâts».

Pour celui qui a été champion du Luxembourg à quatre reprises de 1977 à 1980, les évolutions technologiques présentes aujourd'hui dans le peloton peuvent expliquer en partie les nombreuses chutes. «Les coureurs sont devenus des marionnettes téléguidées par les directeurs sportifs», regrette-t-il. «Plus personne n'essaie de sentir la course. Tout le monde attend la moindre petite consigne dans son oreillette et s'engouffre en même temps sur le même coup. Les coureurs ne sont plus concentrés sur la course en elle-même. Et tout est de plus en plus contrôlé grâce à des écrans de télévision placés dans les voitures des directeurs sportifs. C'est dommage, les épreuves ont perdu en spontanéité».

Peur pour le cyclisme au Luxembourg

Attentif au parcours des trois Luxembourgeois, Lucien Didier jette un regard expérimenté sur les premiers jours de course de ses compatriotes. «Avec trois chutes depuis le départ, Laurent a connu des débuts difficiles», reconnaît son père. «S'il est épargné par la poisse, il ira au bout. Pour son premier Tour, Bob Jungels est un peu stressé, c'est normal, mais je suis persuadé qu'il va pouvoir s'illustrer dans les Alpes ou dans les Pyrénées. N'oublions pas qu'ils sont là pour faire le travail. C'est la même chose pour Ben Gastauer. Peu importe le temps qu'ils perdent tous les trois aux arrivées. Ils sont là pour aider leur leader à aller au bout».

Directeur sportif au sein de l'UC Dippach, Lucien Didier s'occupe également des entraînements des jeunes coureurs. Il considère que la relève luxembourgeoise aura de plus en plus de mal à percer au plus haut niveau. «Car il n'y a plus assez de courses au pays pour les débutants, les minimes et les cadets», déplore-t-il. «Je ne le cache pas. J'ai peur pour le cyclisme au Grand-Duché. On trouve toujours des excuses pour ne pas organiser de course réservée aux plus petits. Nos règlements sont trop stricts. En Belgique, en France et en Allemagne, il suffit d'une voiture en course pour lancer les plus jeunes dans le grand bain. Ici, on n'est pas assez souple et c'est de pire en pire. On exige des commissaires internationaux pour les plus petits niveaux. Nous devons nous adapter pour permettre aux futurs Andy et Fränk Schleck d'émerger».

(FL/L'essentiel)

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