Les Etats-Unis contraints de soutenir Musharraf

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Les Etats-Unis contraints de soutenir Musharraf

Les États-Unis ont perdu leur carte maîtresse au Pakistan avec le décès de Benazir Bhutto et voient leurs options se limiter au Pakistan où ils continuent de parier sur le président Pervez Musharraf.

L'administration Bush, qui plaidait depuis plusieurs mois en faveur d'un partage du pouvoir entre Bhutto et Musharraf afin de donner une nouvelle légitimité au régime impopulaire du président pakistanais, a clairement indiqué jeudi qu'elle pariait toujours sur Musharraf dans la "guerre contre le terrorisme".

"Nous continuerons à travailler avec le président Musharraf. Nous continuerons aussi à travailler avec le Parti du peuple du Pakistan (PPP, parti de Mme Bhutto, ndlr) et d'autres éléments démocratiques au Pakistan", a déclaré un porte-parole du département d'Etat, Tom Casey.

Signe de l'étroitesse de la marge de manœuvre des États-Unis, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a téléphoné dès jeudi matin à Amin Fahim, numéro deux du PPP, pour lui demander de participer aux élections législatives de janvier comme prévu.

Mais pour Stephen Cohen, de la Brookings Institution, "il est probablement trop tard" pour que les Etats-Unis aient quelque influence que ce soit sur les événements au Pakistan en raison du soutien inconditionnel que l'administration Bush continue d'apporter au président Musharraf. "Nous avons tout parié sur Musharraf, ignorant jusqu'à récemment les appels de Benazir à une forme quelconque de soutien ou de reconnaissance", regrette cet expert qui redoute au Pakistan une montée de l'extrémisme musulman et du séparatisme.

Mais pour Daniel Markey, du Council on Foreign Relations, "les États-Unis seraient fous de s'éloigner de Musharraf ou d'ajouter à la complexité de la situation car il n'y a rien à y gagner à court terme". "A la Maison Blanche, au bureau du vice président (Richard) Cheney, à la direction du département d'Etat et même à celle du département de la Défense, le consensus général est que même si Musharraf n'est pas parfait et même si son pays a échoué à faire beaucoup de ce qu'on lui demandait, il ne doit pas être condamné, il reste un partenaire et il reste un partenaire très utile", ajoute-t-il.

La presse américaine a appelé à un changement de stratégie. "La politique américaine doit être maintenant dirigée vers la construction d'une démocratie solide au Pakistan, ayant le respect et le soutien du peuple et la volonté et les moyens de combattre Al-Qaïda et les talibans", écrit le New York Times dans un éditorial. "Le temps où Washington misait sur une ou deux personnalités dans ce pays doit prendre fin", ajoute le journal.

Le pays en danger

Le Washington Post va dans le même sens jugeant que les élections et le rétablissement de la démocratie "sont le meilleur moyen pour la majorité centriste du Pakistan de s'allier contre les forces de l'extrémisme qui ont remporté (avec l'assassinat de Bhutto) une victoire méprisable mais néanmoins importante".

Le Philadelphia Inquirer estime que Bhutto étant morte, l'administration Bush peut encore moins se séparer de Musharraf" et qualifie les dangers auxquels doivent faire face les Etats-Unis "d'énormes". "Le Pakistan a après tout l'arme nucléaire", rappelle le journal. "Imaginez ce que pourraient devenir ces armes si le Pakistan devait sombrer dans la violence et le chaos comme l'Irak après la chute de Saddam Hussein", s'inquiète le quotidien.

Avant de poursuivre: "Malheureusement, c'est en grande partie à cause de la décision du président Bush de faire de l'Irak l'objectif militaire principal après le 11-Septembre que la situation en Afghanistan et au Pakistan est devenue si fragile".

Avec AFP

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