Aux Etats-Unis – Les graffitis fleurissent de partout à New York
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Aux États-UnisLes graffitis fleurissent de partout à New York

Ils font partie de l’histoire de la ville depuis plus de cinquante ans. Avec la pandémie et les manifestations, les graffitis n'ont jamais été aussi nombreux à New York.

La nuit tombe sur Soho en ce 15 décembre 2020, quand après un rapide coup d’œil aux alentours, le graffeur Saynosleep s’attaque à la devanture d’un magasin de luxe, fermé après avoir été pillé début juin en marge des manifestations liées à la mort de George Floyd. «Si vous n’êtes pas en train de peindre en ce moment, je ne sais pas ce que vous foutez, lance le quadragénaire, qui vit de son art sous un autre pseudonyme. On n’a jamais vu une époque comme ça».

Ces centaines de vitrines de commerces fermés définitivement, frappés par les conséquences économiques de la pandémie, «c’est une invitation», résume Marie Flageul, conservatrice du musée du Street art à New York (MoSA). Murs, ponts ou trottoirs sont autant de supports, jusqu’aux emblématiques wagons du métro, dont 34 ont récemment été peints en deux fois depuis début décembre. «C’est une résurgence, une renaissance du graffiti», s’enthousiasme Saynosleep.

«Les gens veulent s'exprimer»

Déjà passé de la rue aux galeries dès les années 1980, le graffiti a conquis le grand public durant les années 2000 par le biais du street art, sorti souvent de l’illégalité pour s’exprimer dans des espaces autorisés. Mais depuis mars, le graffiti, largement domestiqué jusqu’à récemment, explose de façon désordonnée, en toute illégalité.

«Les gens veulent s’exprimer, explique Saynosleep, qui dit avoir vu des sexagénaires à l’œuvre. Ils s’ennuient. Ils ont besoin d’avoir quelque chose à faire». L’accélération du mouvement Black Lives Matter a aussi joué, avec son lot de slogans et de revendications, déclinés par écrit. Dans une ville où la plupart des occasions de vie sociale ont disparu, où les rues ne vibrent plus, «c’est une façon de dire: vous ne nous voyez pas, on a l’impression que New York est mort, mais on est là», décrit Marie Flageul.

«Moins de police dans les rues»

Tous ne goûtent pas cet élan créatif. Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, a notamment critiqué, en juillet, le laxisme supposé du maire de la ville, Bill de Blasio. Pour lui, «c’est un autre signe de dégradation» des conditions de vie à New York, avec la hausse des meurtres et des fusillades.

Des critiques confortées par la suspension pour raisons budgétaires, dès mars, du programme Graffiti-Free NYC, qui avait permis de nettoyer presque 15 000 sites en 2019. «Je trouve que c’est vraiment laid, réagit Darcy Weber, récemment installée à New York. Il y a des gens qui disent que c’est de l’art, mais est-ce que c’est autorisé? Non. Donc c’est du vandalisme».

Pour certains, ces graffitis renvoient à la période des années 1970 et 1980, lors de laquelle la ville était exsangue financièrement et la criminalité omniprésente. «Il y a moins de police dans les rues», affirme Saynosleep.

«J'ai été repéré par la police plusieurs fois»

Sollicitée par l’AFP, la police de New York assure qu’elle «est très au fait de l’importance de traiter les délits liés aux graffitis». Elle indique également que le nombre d’incidents liés aux graffitis a baissé de 17% par rapport à l’an dernier. Même son de cloche à la régie des transports de New York (MTA), où l’on annonce un taux d’incident en baisse de 35%.

«Depuis le début du confinement, affirme pourtant Saynosleep, j’ai été repéré par la police plusieurs fois et j’ai continué à peindre», sans être interpellé. «Dire que parce qu’il y a des tags partout, on est en train de retomber dans les années «ghetto», c’est un peu un cliché. C’est facile», rétorque Marie Flageul, qui est aussi porte-parole du collectif de graffeurs 5Pointz.

Des centaines de milliers de dollars pour nettoyer

«C’est quelque chose qui détruit le paysage de notre quartier», s’est insurgé Eric Adams, président de Brooklyn, dans un message vidéo publié début novembre. «Cela coûte aux propriétaires des centaines de milliers de dollars pour les nettoyer».

Ken Lovett, conseiller du PDG de la MTA, souligne que les graffitis ponctionnent des ressources précieuses «à une période durant laquelle la MTA fait face à la pire crise financière de son histoire», liée à la pandémie.

(L'essentiel/afp)

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