Drogue de synthèse – Les jeunes Indiens accros à la méthamphétamine
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Drogue de synthèseLes jeunes Indiens accros à la méthamphétamine

Cette drogue de synthèse puissamment addictive, fait une percée en Inde parmi les jeunes urbains. Les autorités s'inquiètent d'une production et d'une consommation grandissantes.

La méthamphétamine est fabriquée illégalement en Inde ou détournés de la production légale, malgré une règlementation stricte.

La méthamphétamine est fabriquée illégalement en Inde ou détournés de la production légale, malgré une règlementation stricte.

AFP

Le patient d'une clinique de désintoxication de Bombay a consommé de la méthamphétamine en 2013, à l'université. «Elle me donnait l'impression d'être puissant», confie l'étudiant de 19 ans, qui se droguait avec ses camarades. «On s'asseyait et on se droguait sans arrêt», ajoute-t-il, sans vouloir dévoiler son identité. La méthamphétamine fait des ravages depuis des années en Asie du sud-est, mais à Bombay, elle n'inquiète les autorités sanitaires que depuis 18 à 24 mois, indique le personnel soignant de l'hôpital Masina de cette grande ville de la côte ouest.

«Avant, nous n'en entendions pas parler. Et puis nous avons eu un garçon de 14 ans (drogué) qui est venu et ça nous a ouvert les yeux», déclare Ali Gabhrani, directeur du centre. L'Inde abrite un vaste secteur pharmaceutique et produit les principaux ingrédients de la méthamphétamique, éphédrine et pseudoéphédrine, qui sont aussi deux composants clé de médicaments parfaitement légaux, tels que les décongestionnants nasaux. Avec la Chine, l'Inde est citée comme principal point de départ des exportations illicites de ces deux composants, vers des laboratoires à l'étranger, en Birmanie notamment, mais aussi en Amérique centrale et en Afrique, selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Quatre laboratoires illégaux

Les autorités indiennes s'inquiètent d'une production et d'une consommation grandissantes au sein même du pays, et l'équipe anti-terroriste de Bombay, qui s'occupe aussi du trafic de drogue, «est sur le pied de guerre». «C'est à présent un produit local. C'est une drogue de maintenant. Facile à fabriquer et les ingrédients sont disponibles», indique Himanshu Roy, le chef de cette agence. Les ingrédients clé de la méthamphétamine sont fabriqués illégalement en Inde ou détournés de la production légale, malgré une règlementation stricte destinée à assurer leur traçabilité, soulignent les experts. «Il y a tellement de failles depuis 15 ans», déplore Romesh Bhattacharji, de l'Institut sur l'étude et l'analyse des narcotiques à New Delhi.

«Les autorités ne respectent pas (la règlementation), elles ne vérifient pas», ajoute-t-il, citant «la collusion et la corruption» à la source de ces détournements. Le Bureau de contrôle des narcotiques (NCB) reçoit un rapport trimestriel des fabricants, vendeurs en gros et détaillants sur les ventes d'éphédrine mais Romesh Bhattacharji affirme que rien n'est fait avec ces informations. Vijay Kumar, vice directeur du NCB, indique, lui, que ces informations ont aidé à détecter quatre laboratoires illégaux en 2013, dans l'ouest et le sud de l'Inde. Mais n'importe qui peut acheter des produits pharmaceutiques contenant de l'éphédrine, sans ordonnance. Dès 2007, la police a découvert un laboratoire illégal qui extrayait ce composant des médicaments achetés en toute légalité.

(L'essentiel/AFP)

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