En Lorraine – Les mines de charbon ont détruit des vies

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En LorraineLes mines de charbon ont détruit des vies

LORRAINE - Silicoses, cancers, mélanomes ou leucémies: dix ans après les fermetures des dernières mines de Lorraine, les anciennes gueules noires se découvrent de plus en plus de maladies graves.

A Freyming-Merlebach, en Moselle, François Dosso, l'un des responsables de la permanence CFDT «maladies professionnelles», compte «plusieurs milliers de dossiers ouverts», notamment pour des maladies respiratoires dues à des niveaux d'empoussiérage trop élevés sur les chantiers. A partir de 2004, après la fermeture de la dernière mine à Creutzwald, les syndicats ont mis au jour l'intégralité des produits, souvent toxiques, utilisés dans la mine.

«On a découvert des notes confidentielles, des médecins de travail ont commencé à parler, et on a su au fur et à mesure la concentration exacte des poussières, ou les produits qui étaient injectés au fond de la mine», raconte François Dosso.
L'huile K-zéro, largement utilisée par les mineurs pour graisser les machines, s'est par exemple révélée être hautement cancérogène. «On était maculé de cette huile jusqu'aux avant-bras, alors que c'est un produit qui ne doit pas être en contact avec la peau», raconte un ancien des houillères de Lorraine, qui souffre d'un mélanome.

D'autres produits, comme le trichloréthylène ou le formaldéhyde, utilisé pour stabiliser les terrains dans les veines minières, ont également été identifiés comme hautement toxiques. Le premier provoque des cancers du rein, le second a été à l'origine d'un cancer rare du nasopharynx chez un ouvrier mort à 36 ans qui, «comme des tas d'autres mineurs, a respiré des milliers de tonnes de produits toxiques, sans protection et sans information», rappelle un ancien salarié atteint d'un cancer de la vessie.

Abroger la prescription décennale

Certaines affections sont énumérées dans un tableau des maladies professionnelles; à défaut, elles doivent être reconnues par un Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). En Lorraine, ce dernier a récemment reconnu des leucémies, des cancers du larynx, de la vessie ou du rein. «Progressivement, on établit des liens de causalité. Cela signifie que les mineurs n'ont pas été bien protégés, ce qui nous permet ensuite de faire condamner Charbonnages de France (CdF, ex-Houillères du bassin de Lorraine, HBL) pour faute inexcusable de l'employeur», résume l'un des avocats d'anciens mineurs, Me Michel Ledoux.

Selon lui, «les efforts pour protéger les salariés contre les poussières n'ont jamais été réalisés, les Houillères n'ont pas tout fait pour avoir connaissance des risques», tel que l'ont en effet reconnu plusieurs juridictions qui ont condamné CdF pour faute inexcusable. En avril 2012, un mineur silicosé a ainsi obtenu la condamnation de CdF par le tribunal des affaires de la Sécurité sociale (TASS) de Metz. En octobre, c'est le TASS de Briey (Meurthe-et-Moselle) qui a reconnu le caractère professionnel d'une broncho-pneumopathie chronique obstructive d'un mineur.

La semaine dernière, la cour d'appel de Douai a de nouveau reconnu le caractère professionnel des silicoses dont souffrent six anciens mineurs, après neuf ans de procédure, plusieurs appels et pourvois en cassation. CdF se défend pourtant de faire traîner les dossiers: «Les magistrats écrivent l'histoire à l'envers: l'employeur n'a jamais voulu empoisonner qui que ce soit», affirme l'un des avocats des ex-houillères, Me Thomas Hellenbrandt. Après le terrain judiciaire, en passe d'être gagné, le prochain combat des ex-mineurs est désormais législatif: ils souhaitent que les règles de prescription décennale soient abrogées, comme elles l'ont été pour l'amiante en 1998. «Nous souffrons des mêmes pathologies, il n'y aucune raison qu'il y ait une différence», estime un malade.

(L'essentiel Online/AFP)

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