En Corée du Sud – Les patrons risquent la prison pour harcèlement
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En Corée du SudLes patrons risquent la prison pour harcèlement

Les employeurs qui licencient injustement leurs employés dans des affaires de harcèlement seront passibles de poursuites pénales en Corée du Sud.

Selon une récente étude gouvernementale, en Corée du Sud, deux-tiers des salariés ont été harcelés au travail tandis que 80% en ont été témoins.

Selon une récente étude gouvernementale, en Corée du Sud, deux-tiers des salariés ont été harcelés au travail tandis que 80% en ont été témoins.

Après avoir enduré des mois de harcèlement au travail, Christine Jung, employée de bureau de Corée du Sud, a finalement dénoncé son agresseur présumé. Résultat, elle a été limogée et son employeur l'a poursuivie pour diffamation. Son cas n'est pas inhabituel en Corée du Sud, où les entreprises sont hiérarchisées à l'extrême, les journées de travail très longues et la compétition pour les meilleurs emplois est rude. Les salariés sont censés subir le comportement abusif de certains supérieurs sans rien dire. Mais tout cela pourrait changer avec l'entrée en vigueur, mardi, d'une nouvelle législation.

Les employeurs qui licencient injustement leurs employés dans des affaires de harcèlement seront passibles de poursuites pénales. La onzième économie mondiale est dominée par les chaebols, gigantesques conglomérats familiaux, facteur supplémentaire de vulnérabilité pour les salariés. Christine Yung, 37 ans, raconte que son harceleur était le père du PDG de l'entreprise. «Il m'a dit une fois que l'immeuble tremblait dès que je marchais parce que j'étais trop grosse», déclare-t-elle à l'AFP. «Une autre fois, il a essayé de me suivre dans les toilettes des femmes. Une autre fois, il m'a palpé le ventre dans son bureau». «Mais quand j'ai évoqué ce problème, la direction m'a accusée de détester les hommes et d'être une menteuse».

Prison et amende

Désormais, les entrepreneurs qui «rétrograderont ou licencieront injustement» les employés dénonçant un harcèlement seront passibles de trois ans d'emprisonnement ou d'une amende allant jusqu'à 30 millions de wons (22 000 euros). Les employés contraints d'écrire les rédactions des enfants de leur patron, d'exécuter «des danses sexy» pour le management ou même de retirer les cheveux gris de leur directeur avec une pince à épiler figurent parmi les exemples d'abus au travail recensés par l'association de défense des salariés Workplace Gabjil 119.

Des cas de violences ont également été signalés. En 2016, un professeur d'université fut emprisonné après avoir avoir tabassé son ancien étudiant devenu employé à coups de batte de baseball pour avoir pris des pauses, et l'avoir contraint à manger des excréments humains.

2/3 des salariés harcelés au travail

Selon une récente étude gouvernementale, deux-tiers des salariés ont été harcelés au travail tandis que 80% en ont été témoins. Des comportements si fréquents que les Sud-Coréens ont inventé un mot pour les décrire, «gabjil», qui désigne les abus commis par ceux qui sont en position de pouvoir. L'un des cas les plus connus de «gabjil» fut l'affaire des «noix de macadamia» en 2014, quand l'héritière de la compagnie Korean Air avait piqué une crise contre les membres d'équipage coupables de ne pas lui avoir servi son apéritif dans les règles.

Pour sa part, Mme Jung avait pris son courage à deux mains l'année dernière et contacté le ministère du Travail. Mais celui-ci avait estimé que sa situation ne relevait pas du harcèlement car l'auteur présumé n'était ni son supérieur hiérarchique ni employé par l'entreprise. Il allait pourtant au bureau «quasiment tous les jours», selon Mme Jung.

«Jetable»

Le problème est présent dans quasiment tous les secteurs de la société, K-pop, cinéma, santé, sport, université.... Le système de protection social est lacunaire et le chômage grimpe, autant de facteurs qui dissuadent les victimes de parler. Park Jeom-gyu, membre de l'association, pointe les insuffisances de la nouvelle loi qui ne pénalise par directement «les harceleurs», seulement les employeurs qui punissent les victimes sorties du silence. «Mais c'est un pas important en direction du changement. Les gens se sentiront plus en sécurité pour parler en cas de harcèlement», dit-il à l'AFP.

Pour Michael Hurt, sociologue à l'Université de Séoul, le respect absolu de la hiérarchie en vigueur en Corée du Sud provient du militarisme de l'ancien colonialiste japonais, adopté ensuite par les dirigeants autoritaires de la Corée du Sud. «Le gabjil est le moyen de se prouver et de prouver aux autres son statut social», assure-t-il à l'AFP. La nouvelle loi arrive trop tard pour des gens comme Mme Yung, licenciée par le PDG et objet d'une plainte pour diffamation. Cette plainte n'est pas allée jusqu'au procès mais Mme Jung, qui a porté plainte à son tour contre son harceleur, avait songé au suicide. «Ils ne m'ont pas traitée comme un être humain, c'était comme si j'étais un objet jetable».

(L'essentiel/afp)

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