Enquête OpenLux – Les règles du Luxembourg «pleinement conformes»

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Enquête OpenLuxLes règles du Luxembourg «pleinement conformes»

LUXEMBOURG – Critiqué par une enquête dénonçant ses pratiques fiscales, le Grand-Duché et sa place financière tentent de se défendre.

La place financière est pointée du doigt au niveau international.

La place financière est pointée du doigt au niveau international.

Vincent Lescaut

Après l’affaire LuxLeaks en 2014, le Luxembourg est de nouveau sous les projecteurs à cause de ses pratiques fiscales, avec OpenLux. Une enquête menée par 17 médias internationaux, qui ont analysé 3,3 millions de documents, entend dénoncer les pratiques du pays, taxé de «paradis fiscal». La moitié des 140 165 sociétés enregistrées n’auraient ainsi pas de lien avec le pays et n’auraient pour but que de faciliter l’évasion fiscale. La preuve en serait que les Luxembourgeois ne détiennent qu’une société sur dix immatriculée dans le pays. Le registre des bénéficiaires ne serait d’ailleurs pas suffisamment transparent. Enfin, l’étude affirme que des fonds douteux, suspectés de provenir d’activités criminelles visées par des enquêtes judiciaires, ont été dissimulés au Grand-Duché.

Des arguments balayés lundi par le gouvernement, notamment sur la transparence. En commission, les ministres Pierre Gramegna (DP, Finances) et Sam Tanson (Déi Gréng, Justice), ont réaffirmé que les règles du Luxembourg étaient «pleinement conformes» à celles de l'UE, avant de rappeler que le pays ne figurait sur «aucune liste grise ou noire» concernant les pratiques fiscales. «Les informations publiées par les journalistes sont la preuve de notre transparence», ont-ils même claironné. Les documents en question ont été rassemblés, mais étaient effectivement déjà publics. Le sujet fera l'objet d'un débat ce mardi, à la Chambre, en présence de membres du gouvernement.

L'opposition reste mesurée

«Il y a toujours des préjugés vis-à-vis du pays, de la part de personnes qui ont du mal à comprendre la dimension européenne de la place financière», a de son côté réagi Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for finance. Selon lui, «la fiscalité du Luxembourg est à peine plus docile que dans les pays voisins et si elle était à la base de tout, tout le monde filerait en Irlande, où l’imposition des entreprises est deux fois plus faible». Il estime que le Luxembourg attire grâce à «sa stabilité, la dernière grève datant du siècle dernier, à la maîtrise des langues et à une réglementation qui ne change pas à chaque remaniement ministériel».

L’opposition gouvernementale ne s’est pas engouffrée dans la brèche. Laurent Mosar (CSV) estime que «la présence de personnage douteux est inévitable et pas plus importante qu’ailleurs». Il ne «comprend pas les critiques sur l’absence de contrôle du registre des bénéficiaires, pas prévu par la directive européenne. De plus, notre registre est plus transparent que celui de la France, par exemple». Même déi Lénk, volontiers critique sur la place financière, reconnaît, par la voix de David Wagner, «l’application des réglementations récentes sur la transparence». Il critique tout de même «la stratégie pour attirer les fonds» et appelle à «changer les pratiques» de la place.

(Joseph Gaulier/L'essentiel)

6 500 milliards d’euros d’actifs

L’un des chiffres marquants, relevé par l’étude, concerne les 6 500 milliards d’euros d’actifs gérés au Luxembourg. Cela représente plus de 100 fois le PIB de 2019, avant la crise. Les fonds viennent du monde entier. «C’est le principe dans un marché ouvert, n’importe qui peut ouvrir un compte à peu près partout», réagit Laurent Mosar.

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