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Conséquence de l'épidémieLes sherpas au chômage au pied de l'Everest

Avec la fermeture de la montagne en raison de la pandémie de coronavirus, la bourgade himalayenne de Khumjung est vide et les sherpas népalais ont perdu leur gagne-pain.

Les sherpas vivent une saison noire.

Les sherpas vivent une saison noire.

AFP/Prakash Mathema

Comme de nombreux pays, le Népal s'est coupé du reste du monde pour freiner la propagation du virus et a interdit l'accès à ses illustres sommets enneigés, au moment même où la haute saison aurait dû battre son plein. Dans les maisons au toit de pierre de Khumjung, située à proximité du sentier menant au camp de base de l'Everest, les cordes et piolets sont restés rangés. Les échoppes, thés et auberges, normalement utilisés par les alpinistes s'acclimatant progressivement pour la cime de 8 848m, sont déserts.

Pour les guides et porteurs sherpas, l'annulation de la haute saison de l'Everest - de début avril à fin mai - représente une catastrophe économique. Travailler pendant cette période permet de nourrir leur famille pendant tout le reste de l'année. «Avec l'annulation de la saison, personne n'a d'emploi. Des vols (NDLR: d'avions et d'hélicoptères) aux magasins en passant par les porteurs, il n'y a aucun travail», s'inquiète Pemba Galzen Sherpa, un guide qui a gravi 14 fois l'Everest.

«Ces gens n'ont aucune épargne»

Le camp de base abandonné, tous les travailleurs locaux qui y étaient déjà arrivés sont redescendus. Les mains vides, «tout le monde rentre à la maison», s'attriste-t-il.

Situés en haut de la hiérarchie des travailleurs de la montagne, les guides gagnent normalement entre 5 000 et 10 000 dollars durant la saison. Mais ce sont les petites mains des expéditions, comme les porteurs ou les cuisiniers, qui risquent d'être le plus durement frappés. «Ces gens n'ont aucune épargne ou contrat auquel les organisateurs d'expédition sont tenus», explique Damian Benegas, qui mène des cordées sur l'Everest depuis près de deux décennies.

Phurba Nyamgal Sherpa, qui gravit l'Everest et d'autres sommets népalais depuis l'âge de 17 ans, est préoccupé par l'avenir, comme les centaines de montagnards habituellement employés par les expéditions d'himalayistes. «Nous n'allons pas sur les montagnes parce que nous le voulons, mais parce que c'est notre seule option pour travailler», dit ce Népalais de 31 ans, fils d'un gardien de troupeaux de yaks, qui vit à Khumjung avec sa femme et sa fille de six ans.

(L'essentiel/afp)

Une année record

L'année dernière, l'Everest avait connu une année record avec 885 personnes montées au sommet, dont 644 depuis le côté népalais. La Chine a elle aussi fermé son accès au toit du monde cette année. Au-delà des sherpas, l'absence de visiteurs étrangers affecte toute l'économie népalaise. Le tourisme représente 8% du PIB de ce pays pauvre d'Asie du Sud et y génère plus d'un million d'emplois, selon des chiffres du World Travel and Tourism Council.

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