Afghanistan – Les talibans sont aux portes de Kaboul

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AfghanistanLes talibans sont aux portes de Kaboul

L’essentiel du nord, de l’ouest et du sud de l'Afghanistan est maintenant sous la coupe des talibans.

Kandahar, Afghanistan, survolée par un hélicoptère de l’armée.

Kandahar, Afghanistan, survolée par un hélicoptère de l’armée.

Reuters

Les talibans continuaient vendredi leur implacable progression en Afghanistan, d’où les États-Unis et le Royaume-Uni vont évacuer en catastrophe leurs ressortissants et diplomates, face à la menace pesant désormais sur la capitale Kaboul. Vendredi, le Danemark et la Norvège ont également annoncé la fermeture provisoire de leurs ambassades respectives à Kaboul et l’évacuation de tous leurs employés, tandis que la Finlande va évacuer jusqu’à 130 Afghans ayant travaillé pour elle, compte tenu des combats sur place. L’Allemagne a quant à elle annoncé réduire son personnel diplomatique à Kaboul au «minimum absolu» face à l’offensive des talibans qui se trouvent désormais aux portes de la capitale afghane.

Les insurgés se sont emparés vendredi de la ville de Pul-e-Alam, capitale de la province du Logar, à 50 km au sud de Kaboul. Ils avaient pris auparavant Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand, dans le sud du pays, quelques heures après avoir fait tomber Kandahar, la deuxième ville d’Afghanistan, située 150 km à l’est. «Lashkar Gah a été évacuée. Ils ont décidé d’un cessez-le-feu de 48 heures pour évacuer» l’armée et les responsables civils, a déclaré à l’AFP un haut responsable sécuritaire.

«Pas assez de nourriture»

Les talibans ont aussi pris sans résistance vendredi Chaghcharan, au centre, capitale de la province de Ghor. Ils contrôlent désormais près de la moitié des capitales provinciales afghanes, toutes tombées en seulement huit jours. L’essentiel du nord, de l’ouest et du sud du pays est maintenant sous leur coupe. Kaboul, Mazar-i-Sharif, la grande ville du nord, et Jalalabad, à l’est, sont les trois seules grandes villes encore sous le contrôle du gouvernement.

Ismail Khan, 75 ans, un des seigneurs de guerre les plus connus d’Afghanistan, s’est rendu aux talibans, après la chute jeudi d’Hérat, à l’ouest, la troisième ville du pays, dont il était le maître incontesté depuis des décennies. Les insurgés ont promis d’assurer sa sécurité. À Lashkar Gah, dans une province traditionnellement acquise aux talibans, ceux-ci ont été bien accueillis et le calme est rapidement revenu, après plusieurs jours de violents affrontements, selon un habitant, Abdul Halim. «La majeure partie de la ville est en ruines à cause des combats et il n’y a pas assez de nourriture sur le marché. Ça a encore l’air d’une ville occupée», a-t-il cependant confié à l’AFP.

Les Américains quittent le navire

Les talibans ont lancé leur offensive en mai, quand le président américain, Joe Biden, a confirmé le départ des dernières troupes étrangères du pays, 20 ans après leur intervention pour en chasser les talibans du pouvoir en raison de leur refus de livrer Oussama ben Laden, le chef d’Al-Qaïda, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Ce retrait doit être achevé d’ici le 31 août. Joe Biden a depuis affirmé ne pas regretter sa décision, même si la rapidité avec laquelle l’armée afghane s’est désintégrée devant l’avancée des talibans a surpris et déçu les Américains, qui ont dépensé plus de 1 000 milliards de dollars en 20 ans pour la former et l’équiper.

La progression des talibans a un coût humain élevé. Au moins 183 civils ont été tués et 1 181 blessés, dont des enfants, en un mois à Lashkar Gah, Kandahar, Hérat et Kunduz, selon l’ONU. Quelque 250 000 personnes ont été déplacées par le conflit depuis la fin mai – 400 000 cette année –, dont 80% sont des femmes et des enfants, toujours selon l’ONU. Nombre de civils ont ainsi afflué ces dernières semaines à Kaboul, où une grave crise humanitaire menace. Ils tentent désormais de survivre dans des parcs ou sur des terrains vagues, dans le dénuement le plus complet.

(L'essentiel/AFPE)

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