Cannabis au Luxembourg – «Les uns banalisent, les autres diabolisent»

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Cannabis au Luxembourg«Les uns banalisent, les autres diabolisent»

LUXEMBOURG - Les campagnes de prévention contre le cannabis laissent trop peu de place au dialogue, estiment les maisons de jeunes qui ont lancé une campagne participative, début février.

La consommation de cannabis a tendance à augmenter au Grand-Duché.

La consommation de cannabis a tendance à augmenter au Grand-Duché.

AFP

Avec «Gees de oder stees de»*, les maisons de jeunesse de Kayl, de Diekirch, d'Hesperange et de Mamer ont lancé le 1er février une campagne sur le cannabis d'un nouveau genre. Elle a pour but d’inciter les jeunes au dialogue et de les faire s’exprimer sur la thématique du cannabis. À côté des débats, les organisateurs de la campagne ont en effet imaginé un concours artistique : les jeunes de 12 à 26 ans peuvent proposer jusqu’au 30 juin des vidéos, des photos, des poèmes ou encore des chansons sur la thématique des dangers liés au cannabis. Cette campagne ne vise pas à parler aux jeunes du cannabis, mais de les faire s’exprimer eux-mêmes sur le sujet.

Tessy Oth, de la maison de jeunesse de Diekirch, l’une des organisatrice «Gees de oder stees de», estime que estime que le débat sur le cannabis est rarement présenté de manière objective : «Les uns banalisent cette drogue, les autres la diabolisent». Les jeunes ignorent même parfois la législation, explique Jean-Paul Nilles, président du Centre de prévention des toxicomanies (Cept). «Beaucoup pensent qu’il est légal de posséder quelques grammes de cannabis. Ils essaient le cannabis pour tenter une nouvelle expérience, qu’ils croient sans risques. Nous avons donc un gros travail d’information à faire».

«Les adolescents fument plus régulièrement qu'avant»

Kevin*, 29 ans, a découvert le cannabis à l’âge de 15 ans, par esprit de «rébellion» face à l’autorité des parents. Il estime que les débats sont «le seul moyen de toucher la jeunesse». Les campagnes de la police, dont la dernière a été lancée en octobre 2013, seraient en revanche inefficaces, selon lui, car elles ne cherchent qu’à «faire peur et donner mauvaise conscience, ce qui ne fonctionne pas du tout auprès des adolescents».

Selon le Réseau luxembourgeois d'informations sur les stupéfiants et les toxicomanies (Relis), un peu moins d’un tiers des usagers problématiques de drogues (UPD) consomment du cannabis. Surtout, le réseau remarque une baisse de l’âge moyen des fumeurs. Un constat que ne partage pas Kevin : «Quand j’étais ado, beaucoup fumaient déjà à 12 ou 13 ans. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, les adolescents fument plus régulièrement qu’avant».

Un palier vers d'autres drogues?

Les jeunes ne sont pas les seuls concernés par le cannabis, selon Sofia Lopes, collaboratrice scientifique au Relis. «De plus en plus d’adultes en consomment occasionnellement ou régulièrement. Cela est généralement lié à des facteurs sociaux, comme le stress au travail».

Il n’est en revanche pas prouvé que la consommation de cannabis soit un engrenage vers d’autres dépendances. «Si beaucoup d’héroïnomanes et de cocaïnomanes ont commencé par fumer des joints, il n’est pas avéré que les fumeurs de cannabis se tournent ensuite vers d’autres drogues», selon Sofia Lopes. Un constat que partage Kevin: «Il n’y a pas de lien entre les deux. Ce sont surtout le milieu social et l’entourage qui font que l’on touche ou non aux différentes drogues».

*En français: «Est-ce que tu pars ou est-ce que tu restes». Une phrase qui voudrait dire: «Veux-tu en parler ou détourner le regard».

*Le prénom a été changé

(cc et jg/L'essentiel)

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