Affaire Grégory – Les zones d'ombre de ce 5 novembre 1984
Publié

Affaire GrégoryLes zones d'ombre de ce 5 novembre 1984

GRAND EST - Après avoir incriminé Bernard Laroche pour l'enlèvement du petit Grégory, Murielle Bolle a-t-elle été violentée dans sa famille avant de se rétracter?

Trente-deux ans plus tard, le déroulé et les témoins de la soirée du 5 novembre 1984, centrale dans l'enquête, font débat. Cette femme de 48 ans, mise en examen pour enlèvement suivi de mort, qui a entamé jeudi une grève de la faim en prison pour «dire son innocence», n'avait que 15 ans à l'époque. Le point sur les éléments, anciens et nouveaux, que l'accusation fait valoir et que la défense conteste en réclamant la libération de la suspecte - ses avocats déposeront lundi une demande en ce sens. Après une première version qui n'avait pas convaincu les enquêteurs, l'adolescente avait dit aux gendarmes qu'elle était dans la voiture de Bernard Laroche, passé prendre Grégory le 16 octobre 1984, jour de sa mort, avant de le déposer, pensait-elle, chez des amis des Villemin.

Le 5 novembre, Murielle Bolle réitère ces déclarations devant le juge Jean-Michel Lambert, qui inculpe son beau-frère. Mais le lendemain, après une nuit en famille, elle revient avec sa mère pour se rétracter, affirmant avoir parlé sous la menace des gendarmes. Dans son arrêt de 1993 innocentant Christine Villemin, la cour d'appel de Dijon considérait comme «établi» que la jeune fille avait été «malmenée» ce soir-là, «secouée» notamment par sa sœur, Marie-Ange, femme de Bernard Laroche - libéré en 1985, puis tué par le père de Grégory. Des témoins de la scène avaient fait état de pleurs et d'une «crise de nerfs». Convaincue qu'elle avait dit la vérité aux gendarmes, la justice estimait cependant «impossible» de l'inculper en l'état, écartant toute «intention criminelle» quand bien même elle aurait «facilité» l'enlèvement en accompagnant son beau-frère. Présenté par l'accusation comme un témoin capital, un cousin de Murielle Bolle affirme avoir assisté à la soirée du 5 novembre 1984 chez les Bolle. Il y aurait vu la jeune fille frappée et insultée par ses proches, selon son audition dévoilée par Le Figaro.

Cousin «mythomane»?

Cet homme de 54 ans précise qu'il avait alors porté un repas «en douce» à l'adolescente quand elle fut jetée dehors. Et elle lui aurait confié avoir dit la vérité aux gendarmes. Ce témoin, jamais entendu jusque-là, s'est manifesté après avoir appris par les médias l'arrestation, à la mi-juin, de Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, soupçonnés d'être les fameux «corbeaux» de l'affaire et mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort. Une confrontation entre lui et Murielle Bolle est prévue le 28 juillet devant la juge d'instruction. L'accusation s'appuie aussi sur d'autres éléments récents, dont un enregistrement d'une conversation entre l'infirmière de la mère de Murielle Bolle et Jean-Marie Villemin, qui conforterait aussi la thèse des violences familiales ayant conduit à la volte-face.

Un des avocats de Murielle Bolle, Me Christophe Ballorin, qualifie ce cousin de «mythomane» et ses déclarations de «tissu d'inepties». La défense conteste formellement qu'un avocat, décédé depuis, ait pu prendre part à la soirée familiale de 1984, comme il l'affirme. Me Gérard Welzer, défenseur historique de la famille Laroche, travaillait avec cet avocat à l'époque et confirme que Me Paul Prompt n'était arrivé dans les Vosges que le 8 novembre, lui-même ayant rencontré Bernard Laroche le 6, au lendemain de son incarcération. La veuve du conseil a dit la même chose au Figaro. Mais la défense va plus loin: Murielle Bolle n'aurait pas passé la nuit chez ses parents ce soir-là, mais chez une tante, et sa rétractation tiendrait davantage à une prise de conscience des conséquences de ses déclarations que de pressions familiales. Me Welzer considère en revanche qu'il y a bien eu «dérapage» des gendarmes durant la garde à vue de l'adolescente, en l'absence d'un avocat selon la législation de l'époque.

(L'essentiel/AFP)

Ton opinion