Pays-Bas – L’homme qui a trahi Anne Frank aurait été identifié
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Pays-BasL’homme qui a trahi Anne Frank aurait été identifié

Selon une enquête dirigée par un ancien du FBI, l’individu qui aurait révélé la cachette de la famille serait un notaire juif, qui l’aurait fait pour sauver les siens.

La statue de cire d’Anne Frank au musée Tussaud d’Amsterdam.

La statue de cire d’Anne Frank au musée Tussaud d’Amsterdam.

imago images/ Paulo Amorim

En juillet 1942, la famille Frank se cache dans un appartement secret aménagé dans l’annexe de l’entreprise du père à Amsterdam. Cela afin d’échapper aux persécutions des nazis contre les Juifs. Elle y restera jusqu’en août 1944, date à laquelle la planque est découverte. Les parents et les deux filles, Anne et Margot sont déportés dans des camps de concentration. Seul Otto, le père, en reviendra. Anne est morte en 1945, à 15 ans, quelques jours après sa sœur. Le journal qu’elle a tenu durant ces années où tous se cachaient a été préservé et son père décide de le publier en 1947, rendant mondialement célèbre le tragique destin de cette jeune fille au sourire si éclatant sur ses photos.

Mais comment les Allemands ont-ils trouvé la cachette des Frank? Par hasard, selon certains. Gertjan Broek, administrateur à la Maison Anne Frank d’Amsterdam, estimait que des miliciens auraient découvert la famille par accident, lors d’une perquisition concernant des bons de rationnement illégaux. Depuis 2016, une équipe d’enquêteurs dirigée par Vince Pankoke, un agent du FBI retraité, a fait ses propres recherches en s’aidant des technologies modernes. Ses résultats ont été dévoilés dans un livre, «La trahison d’Anne Frank» et dans le magazine «60 Minutes» sur CBS dimanche soir, explique le «Daily Mail».

Collaborateur forcé

Selon ces investigations, la famille Frank a bien été trahie et le principal suspect est Arnold van den Bergh, un notaire juif d’Amsterdam. L’homme aurait fait partie du Conseil juif d’Amsterdam, créé par les nazis pour superviser les populations juives qu’ils exterminaient. Van den Bergh, en tant que notaire, aurait participé à la vente d’objets d’art réquisitionnés aux Juifs à des hauts dignitaires nazis, dont le maréchal Göring.

Mais, selon les enquêteurs, s’il a donné plusieurs adresses de cachettes de Juifs, c’était pour protéger les siens. Ni lui ni sa famille n’ont d’ailleurs été déportés. Les enquêteurs ont trouvé son nom sur une note anonyme reçue par le père d’Anne Frank après son retour à Amsterdam, en 1946, disant: «Votre adresse a été dénoncée». Il y est précisé «par Arnold van den Bergh». Mais l’original a disparu et seule une copie a été retrouvée, avec la retranscription dactylographiée du texte manuscrit. Pourquoi le père d’Anne Frank n’a-t-il jamais révélé ce nom? Selon les enquêteurs, sachant que Van den Bergh était juif, le désigner n’aurait fait qu’alimenter un antisémitisme encore très fort à l’époque.

«Une figure tragique»

Reste que si le notaire avait bien accès aux adresses où pouvaient se cacher des Juifs, il n’y a aucune preuve indiquant qu’il savait qui s’y cachait ou même si quelqu’un s’y cachait encore. Arnold van den Bergh était respecté en tant que notaire. Avant la guerre, il travaillait pour aider les réfugiés juifs alors qu’ils fuyaient l’Allemagne. «Aryanisé» un temps par l’occupant, ayant échappé aux persécutions, il a senti que son influence et ses protections l’empêchant d’être transporté dans les camps se réduisaient progressivement. Il a su qu’il devait donner quelque chose ayant de la valeur aux nazis pour que lui et sa famille restent en sécurité. «Personnellement, je pense que c’est une figure tragique», dit Rosemary Sullivan, l’auteure du livre. Arnold Van den Bergh est décédé en 1950. Otto Frank en 1980.

Selon Vince Pankoke, il y a 85% de chance que la théorie Van den Bergh soit la bonne. «Vous devez être très prudent avant de faire entrer quelqu’un dans l’histoire en tant que traître à Anne Frank à moins d’être sûr à 100% ou même à 200%», prévient toutefois Ronald Leopold, directeur de la Fondation Anne Frank d’Amsterdam, cité par l’«Osnabrücker Zeitung». Pour lui, les recherches de l’équipe de Pankoke sont «précises et bonnes». Mais il reste des questions sans réponse. Où se trouve l’original de la lettre à Otto Frank, dans laquelle il est dit qu’Arnold van den Bergh a trahi Anne Frank? Arnold van den Bergh était-il vraiment en possession d’adresses où se cachaient des Juifs à Amsterdam? «Nous savons que de telles listes existaient. Mais y a-t-il eu accès? Des recherches supplémentaires sont nécessaires».

(L'essentiel/Michel Pralong)

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