Bombes à sous-munitions – Lynn Bradach donne «une voix aux victimes»

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Bombes à sous-munitionsLynn Bradach donne «une voix aux victimes»

LUXEMBOURG - Lynn Bradach a perdu son fils en Irak lors d’une opération de déminage. De passage au Grand-Duché elle nous parle de son combat contre les mines et les bombes à sous-munitions.

Lynn Bradach pose avec six jeunes de l'École privée Fieldgen, Laurent Mosar.

Lynn Bradach pose avec six jeunes de l'École privée Fieldgen, Laurent Mosar.

Handicap International

Travis était marine. En 2003, âgé de 21 ans, il s'engage pour partir en Irak. Sa mère pensait qu'il n'allait y rester que quelques mois, mais il décide de prolonger son engagement pour soutenir les autres marines, qui ont tous décidé de rester. En juillet 2003, il est tué lors d’une opération de déminage par une sous-munition américaine. Il sera le seul marine de son régiment à ne pas rentrer au pays. Lynn Bradach s'est alors muée en mère courage et parcourt le monde pour dénoncer les méfaits des mines et des bombes à sous-munitions. Ce mardi, de passage au Luxembourg, elle s'est confiée à L'essentiel Online.

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager?

J'étais contre la guerre en Irak comme j'étais contre celle en Afghanistan. La guerre ne s'arrête pas quand elle se termine. Ce n'est jamais fini. Ni pour les soldats ni pour les familles ni pour les civils. Après la mort de mon fils j'étais traumatisée, il fallait que je pense à autre chose, que je m'occupe. J'ai couru plein de marathons, participé à plein de récoltes de fonds pour des ONG...

Où avez-vous trouvé la force de vous battre?

Je ne sais pas, j'étais épuisée mais aussi révoltée. C'est vrai qu'après les levées de fonds j'ai voulu prendre une pause, mais lors d'une tournée de deux semaines aux États-Unis avec une petite association j'ai rencontré un père qui m'a raconté son histoire. Son fils de 5 ans est mort en jouant dans un parc au Liban. C'était son anniversaire et il a sauté sur une mine. Et là, j'ai compris, mon fils n'était pas la seule victime, je devais en défendre beaucoup plus.

Cela vous a aidée à tenir le coup?

Oui définitivement! Je suis devenue une autre femme, je suis plus forte. J'aurais aimé ne pas avoir eu à changer c'est sûr mais c'est ainsi. Et en parlant aux gens, en expliquant ma souffrance et celle des autres je fais vivre mon fils. Il n'aurait jamais voulu ce genre d'armes. Et j’espère que les États-Unis prendront bientôt conscience que ces horribles armes n'ont plus leur place dans les arsenaux militaires.

Pensez-vous que votre engagement est utile?

Je fais une différence car je donne un visage et une voix aux victimes de ce genre d'armes. Les politiques pensent en terme de stratégie, de concepts. Quand je parle, quand des gens comme moi l'ouvrent, on montre ce qu'il se passe vraiment dans leur guerre, la souffrance qu'ils engendrent. Ils ne peuvent plus ignorer le problème.

Propos recueillis par Fatima Rougi

Lynn Bradach à la Chambre

À 15h ce mardi, Lynn Bradach a témoigné de la souffrance des familles de victimes, ainsi que du calvaire des mutilés. «L’attitude du Luxembourg est exemplaire. Motivez d’autres pays à agir contre les sous-munitions», a-t-elle lancé, entourée du président et du directeur de Handicap International et de six jeunes Luxembourgeoises issues de l'École privée Fieldgen faisant campagne contre les mines et bombes à sous-munitions.

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