On a testé pour vous – Manger local, ça fait travailler les méninges

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On a testé pour vousManger local, ça fait travailler les méninges

LUXEMBOURG - Pendant une semaine, deux journalistes de «L'essentiel Online» ont tenté de manger local. Alors qu'elles attaquent leur 6e jour, place au débat...

L'expérience locavore touche presque à sa fin. L'occasion pour Sarah et moi de revenir sur le débat suscité par notre défi. Les internautes et nos proches ont beaucoup réagi. Petit florilège des réflexions auxquelles on a eu droit et que l'on s'est faites par nous-mêmes.

Manger local, c'est facile

C'est vrai que le Luxembourg, et la Grande Région, regorgent de bons produits du terroir. Mais manger local c'est s'assurer de la provenance de l'intégralité du produit, et donc de ses composants. Et ce n'est pas toujours facile. Un problème très bien expérimenté par Sarah qui a tenté d'acheter de la «grillwurst». Les commerçants ont été incapables de lui dire d'où venait l'intérieur de la saucisse. Moi j'ai expérimenté la même chose avec mes pâtes "Made in Luxembourg". L’emballage ne précisait pas d'où venaient les œufs et la farine. Malou nous explique ainsi que «quant à la farine portant le fameux sigle "Made in Luxembourg" rien n'indique la provenance du contenu mais plutôt le fait que l'emballage a été effectué au Luxembourg. Idem pour tous les produits de charcuterie».

Bref, au final si vous voulez vraiment manger local, et même si les grandes surfaces ont des produits locaux, il faut privilégier les petites boutiques, les petits commerces et les petits producteurs. Comme le dit si bien une lectrice déçue qui a commenté l'un de nos articles: «Consommer local, c'est prendre conscience des producteurs de pommes de terres, de légumes, des éleveurs de bétails de la région». Manger local c'est dire non à l'uniformisation de notre alimentation imposée par la mondialisation. Pour les curieux qui veulent en savoir plus, l'ouvrage de Naomi Klein, «No Logo», est une bonne lecture.

Manger local, c'est égoïste

Les locavores extrémistes peuvent paraître quelque peu égoïstes. En effet, ne manger que les produits de sa région et renoncer au café par exemple implique de ne pas supporter les pays qui dépendent de leurs exportations. Notre lectrice déçue l'a d'ailleurs bien compris lorsqu'elle explique: «Manger local, ce n'est pas non plus stopper la mondialisation! Ils feront quoi les Colombiens quand on arrêtera d'importer leurs bananes et leur café? Ils mourront tous de faim les uns après les autres?»

En y réfléchissant, c'est certainement pour cela que les locavores ont inventé l'exception Marco Polo et leur autre exception, dont nous n'avons pas encore parlé. Les locavores s'autorisent à manger un produit exotique dont ils ne peuvent pas (ou ne veulent pas) se passer: le café, le chocolat, les bananes... Mais le produit en question doit avoir été transporté en ayant respecté la planète et si possible équitable. Manger locavore n'est à mon sens rien de plus que de la consommation responsable. Moi je n'ai pas réintégré le café (même si le seul café que je buvais normalement quotidiennement me manquait) mais l'huile d'olive. Elle vient des oliviers de ma famille au Maroc et m'a été ramenée en bateau par ma sœur...

Manger local, c'est cuisiner

La meilleure façon de manger local, tout en continuant de faire ses courses en grandes surfaces (faute de temps et parfois d'argent) c'est de n'acheter que des produits bruts et cuisiner le maximum de choses soi-même. Envie de muffins? On achète du lait local, des œufs locaux, de la levure et de la farine locales et on se met aux fourneaux. Pareil pour les spaghettis à la sauce tomate, les tartes... Une façon de retrouver le lien au temps, aux saisons, aux saveurs mais aussi de limiter au maximum tous les additifs alimentaires, colorants et autres sulfites que nous trouvons dans les produits finis. Pour aller au resto, vous l'aurez compris, c'est galère. C'est d'ailleurs là qu'on a craqué.

Manger local, c'est cher

Roel se demandait pour combien de jours notre panier de 130 euros était. «Perso, j'avais une fois recherché à faire une corbeille uniquement avec des spécialités luxembourgeoises, finalement j'avais aussi une très grande facture, au moins le triple des prix discount. J'aimerais bien acheter les produits de la Grande Région, mais dans 97% des cas ils coûtent le triple».

Notre commentatrice a raison, manger local c'est plus cher. Sarah a payé 160 euros au supermarché, au moins 50 euros de plus que d'habitude (deux personnes pour deux semaines). Moi j'en ai eu pour 130 euros pour deux semaines et deux personnes, soit 30 euros de plus que d'habitude. Mais il faut se dire que manger local c'est arrêter de grignoter et de manger des plats préparés. Petites dépenses qui au final peuvent peser sur le budget...

On terminera ce tour d'horizon par une remarque qui est souvent revenue: Vaut-il mieux manger local ou manger bio? Nous n'avons pas la réponse, mais une chose est sûre, manger une pomme bio qui vient du Chili alors que je peux en avoir une qui vient du Luxembourg, moi perso je ne vois pas l'intérêt...

(Fatima Rougi et Sarah Brock/L'essentiel Online)

Les locavores de la semaine

Qui? Deux journalistes de la rédaction

Nom: Fatima et Sarah

Âge: 25 et 28 ans

Régime: Deux carnivores (qui mangent très peu de viandes)

Suivez leurs aventures locales au jour le jour...

Les réflexions de Sarah son à lire à cette adresse.

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