Contre le gouvernement – Manifestations inédites depuis 1989 en Roumanie
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Contre le gouvernementManifestations inédites depuis 1989 en Roumanie

La Roumanie a connu mercredi soir des manifestations contre un assouplissement de la législation anticorruption d'une ampleur inédite depuis la chute du communisme.

People demonstrate against controversial decrees to pardon corrupt politicians and decriminalize other offenses in front of the government headquarters in Bucharest, on February 1, 2017. 
At least 200,000 people hit the streets across Romania on February 1, 2017 for anti-government protests, the largest since communism fell in 1989, media reports said. / AFP PHOTO / DANIEL MIHAILESCU

People demonstrate against controversial decrees to pardon corrupt politicians and decriminalize other offenses in front of the government headquarters in Bucharest, on February 1, 2017.
At least 200,000 people hit the streets across Romania on February 1, 2017 for anti-government protests, the largest since communism fell in 1989, media reports said. / AFP PHOTO / DANIEL MIHAILESCU

AFP/Daniel Mihailescu

Aux cris notamment de «voleurs», «honte à vous», «démission», les manifestants étaient au moins 200 000 à travers le pays, dont la moitié à Bucarest, rassemblés durant près de cinq heures dans un froid glacial, face au siège du gouvernement. En l'absence de chiffres des autorités, plusieurs médias nationaux ont estimé qu'il s'agissait des plus importantes manifestations depuis la révolution roumaine de décembre 1989 et l'année de turbulences politiques qui avait suivi. Le nombre de manifestants a été évalué jusqu'à 300 000 dans toute la Roumanie. Les grandes villes de Cluj, Sibiu ou Timisoara se sont également mobilisées, tout comme des localités de taille plus modeste. «Il était temps que les gens se réveillent et cessent d'accepter autant d'abus», a confié à l'AFP, Daniela Crangus, une informaticienne de 31 ans, dans la manifestation de Bucarest.

Dans la capitale, le rassemblement s'est achevé par des incidents. Les forces de l'ordre ont essuyé des jets de pétards, de pierres, de bouteilles de la part de groupes isolés et ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène. Deux gendarmes et deux manifestants, légèrement blessés, ont été transportés à l'hôpital.

L'UE inquiète

L'adoption surprise, mardi soir, d'un décret d'urgence qui pourrait mettre les hommes politiques à l'abri de certaines poursuites (voir encadré) avait déjà fait descendre en pleine nuit des milliers de Roumains dans la rue, à peine un mois après l'entrée en fonction du gouvernement de Sorin Grindeanu. «Je suis indignée. Le PSD (NDLR: Parti social-démocrate) a gagné les élections, mais ça ne veut pas dire qu'il peut modifier le code pénal de nuit, en cachette», avait déclaré Gabriela State, 46 ans, lors d'un autre rassemblement spontané dans la matinée.

Le PSD affronte une nouvelle crise politique après avoir dû quitter le pouvoir fin 2015 sous la pression de la rue, à la suite d'un dramatique incendie dans une boîte de nuit de Bucarest. L'exécutif dit vouloir désengorger les prisons et mettre en conformité le code pénal dont une soixantaine d'articles ont été invalidés par la Cour constitutionnelle. Pour Bianca, une autre manifestante, c'est «un retour en arrière» dans la lutte anticorruption. Démarche inédite, les ambassades des États-Unis, du Canada, d'Allemagne, de France, des Pays-Bas et de Belgique ont exprimé, dans une déclaration commune, leur «profonde inquiétude» devant ce décret qui «sape» les progrès réalisés par le pays dans la lutte contre la corruption.

La Commission européenne a exprimé sa «grande préoccupation». Le Premier ministre lui a répondu mercredi en assurant, dans un courrier, que «la lutte contre la corruption est l'une des priorités du gouvernement», réaffirmant son "engagement" en la matière.

(L'essentiel/AFP)

Le décret qui met le feu aux poudres

Le texte dépénalise plusieurs infractions et rend l'abus de pouvoir, un chef d'inculpation fréquent, passible de peines de prison uniquement s'il provoque un préjudice supérieur à 44 000 euros. Il devrait notamment permettre au chef du PSD Liviu Dragnea d'échapper au principal chef d'accusation le visant dans un procès d'emplois fictifs qui s'est ouvert mardi. M. Dragnea convoitait le poste de Premier ministre mais a dû renoncer en raison d'une condamnation pour fraude électorale.

Le gouvernement a par ailleurs soumis au parlement un projet de grâce visant environ 2 500 détenus purgeant des peines allant jusqu'à cinq ans de prison, qui pourrait aussi bénéficier à des hommes politiques condamnés.

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