Cabinets de conseil – «McKinsey n'établit pas le budget de l'Etat»

Publié

Cabinets de conseil«McKinsey n'établit pas le budget de l'État»

LUXEMBOURG - Le ministre des Finances a fait appel au cabinet de conseil McKinsey pour élaborer le budget 2015 de l'État. Rien de choquant, ses prédécesseurs faisaient pareil.

Pierre Gramegna, ministre DP des Finances, a fait appel à un cabinet de conseil externe pour réaliser l'analyse précise des dépenses du ministère.

Pierre Gramegna, ministre DP des Finances, a fait appel à un cabinet de conseil externe pour réaliser l'analyse précise des dépenses du ministère.

Editpress

«Un ministre des Finances avoue ainsi qu'il est incompétent et perdu car il a demandé des conseils pour le budget». «On paie un ministre 19 000 euros par mois. Il sert à quoi finalement, si le boulot qu'il est censé faire est exécuté par des cabinets externes?». «Mais pourquoi ont-ils besoin de McKinsey? Pour leur dire comment faire leur travail?». «Autant virer direct tous les ministres et embaucher McKinsey». La semaine dernière, on apprenait que le ministère des Finances s'était offert (pour un montant de 384 000 euros) les services du bureau de conseil McKinsey pour mettre en place le budget 2015. Une information qui a choqué plus d'un lecteur de L'essentiel. Pourtant, il n'y a rien d'inhabituel.

«Le fait de recourir à des sociétés externes aux ministères n’est pas anormal. En général, cela se fait lorsque nous avons besoin d’une expertise que nous n’avons pas au sein du gouvernement», explique ainsi Luc Frieden, ancien ministre CSV des Finances, contacté par L'essentiel. Au cours de son mandat aux Finances, il explique y avoir eu recours «deux ou trois fois». «Par exemple, pour le développement de la Place comme centre Reminbi (RMB)», explique le prédécesseur de Pierre Gramegna. La monnaie chinoise a en effet pris un poids économique important ces dernières années au niveau international et le Luxembourg n’a pas perdu de temps pour se positionner et s’affirmer comme leader en Europe et dans la zone Euro en matière de RMB business. Un leadership qui a été conseillé par un cabinet.

Pour des «dossiers spécifiques ou techniques»

Selon Luc Frieden, le recours à un cabinet dans ce cas-là s'explique «à la fois par le manque de personnel spécialisé sur cette question, mais aussi par la nécessité d’avoir des réseaux internationaux». Pour Eugène Berger, rapporteur DP du budget 2014, «d'autres ministères font appel à des bureaux de conseil dans des dossiers spécifiques ou techniques». Il évoque ainsi le recours à un cabinet pour la mise en place en 2004 de l'IVL (Iratives Verkehrs- und Landesentwicklungskonzept),
concept intégré des transports et du développement territorial pour le Luxembourg.

Le message est clair: le recours à un cabinet de conseil sert d'expertise. «Comme dans une entreprise privée, chaque entité - dans ce cas-là des administrations et des ministères - a besoin de conseils. Il faut donc avoir recours à des consultants externes (avis juridiques, analyses de l'entreprise...). Mais les décisions reviennent à chaque fois aux dirigeants des entités», explique une source proche du ministère des Finances, qui préfère garder l'anonymat. Eugène Berger revient sur les services de McKinsey. Selon lui, «ce sont des conseils pour la méthodologie et la démarche qui ont été fournis aux fonctionnaires en charge du dossier mais le bureau n'établit certainement pas le budget!»

D'ailleurs en parlant de budget, chaque ministère dispose d'un budget fixe pour s'offrir les services de ces cabinets. En 2014, selon le projet de budget déposé la semaine dernière à la Chambre, le ministère des Finances disposera ainsi de 200 000 euros en «frais d'experts et d'études» et de 260 000 euros de «frais d'experts et d'études pour le développement de certains domaines de la législation sur la comptabilité de l'État». Pour ce qui est de la procédure à suivre, elle est réglementée par la loi sur les marchés publics.

(Fatima Rougi/JMH/L'essentiel)

Les cabinets de conseil

Les «Big Four» de l'audit (Deloitte, PricewaterhouseCoopers, Ernst&Young, KPMG) offrent aussi des conseils. Du côté des principaux cabinets de conseil, on peut également citer McKinsey, BCG, AT Kearney, Accenture ou encore Logica.

Le conseil représente une activité importante et florissante des «Big Four». Ainsi, pour la période 2012/2013, l'activité de conseil a augmenté de 15% pour PWC et de 6% en 2013 pour KPMG. Contactés par L'essentiel, ni Deloitte ni PWC ni Ernst&Young ni KPMG n'ont voulu commenter leur travail de conseil pour les divers gouvernements luxembourgeois.

Ton opinion