Sommet pour sauver l'euro – Merkel avec un ordre de mission du Bundestag
Publié

Sommet pour sauver l'euroMerkel avec un ordre de mission du Bundestag

La chancelière allemande doit participer mercredi à un sommet européen crucial, munie du soutien massif mais conditionnel du Bundestag pour négocier un renforcement du fonds de secours européen (FESF).

La chancelière a résumé les enjeux dans un discours aux députés, en déclarant qu'il fallait «remédier aux imperfections» de l'union monétaire européenne: «Maintenant ou, je le dis, jamais». (AP)

La chancelière a résumé les enjeux dans un discours aux députés, en déclarant qu'il fallait «remédier aux imperfections» de l'union monétaire européenne: «Maintenant ou, je le dis, jamais». (AP)

Les députés allemands ont voté à une confortable majorité en faveur d'une «motion», déposée par la majorité gouvernementale et l'opposition, un ordre de mission pour Mme Merkel. Sans entrer dans les détails techniques, les deux pages de cette motion posent des interdits: pas question de charger encore davantage la Banque centrale européenne, qui en fait déjà trop au goût de nombreux Allemands. Et pas question de débourser plus que les 211 milliards d'euros déjà promis.

Avant le vote, la chancelière a résumé les enjeux dans un discours aux députés, en déclarant qu'il fallait «remédier aux imperfections» de l'union monétaire européenne: «Maintenant ou, je le dis, jamais». Cela ne pourra se faire qu'au moyen de modifications des traités européens, a-t-elle précisé, ajoutant: «Où est-il écrit qu'un changement des traités doit durer dix ans?» La zone euro doit «saisir la chance» de se réformer qu'offre cette crise, «sinon ce serait un échec», a plaidé la chancelière.

«Une opération à cœur ouvert»

Le chef de file des députés de l'opposition sociale-démocrate (SPD), Franz-Walter Steinmeier, a estimé que «ce sommet à Bruxelles (était) une opération à cœur ouvert et tout Allemand (devait) souhaiter qu'elle réussisse», illustrant ainsi la quasi union sacrée au Bundestag sur les questions européennes. La chancelière conservatrice bénéficie pour les questions européennes d'une «grande coalition», qui réunit autour de sa propre majorité conservatrice/libérale les deux grands partis d'opposition SPD (sociaux-démocrates) et Verts.

Le 29 septembre déjà, lorsqu'il s'était agi pour le Bundestag de ratifier un premier renforcement des compétences du FESF, cette «union sacrée» avait joué. S'il pose quelques interdits, le Bundestag laisse les mains libres à Mme Merkel pour démultiplier la capacité de prêt du FESF (440 milliard d'euros), sur la base de deux options: faire du fonds un «assureur-crédit» des États en difficulté, et chercher des financements extérieurs, par exemple des pays émergents. Les députés reconnaissent qu'avec cette stratégie, «le risque de perte peut être modifié»: ils ne veulent pas mettre plus d'argent sur la table, mais acceptent de perdre celui déjà engagé. «Il serait irresponsable de ne pas prendre ce risque» de renforcer encore le FESF, a prévenu Mme Merkel.

Trop de poids au Bundestag

Ce vote consacre la place toujours plus importante prise par le Parlement allemand dans le jeu politique européen, au grand dam de certains partenaires de l'Allemagne. La Cour constitutionnelle a récemment renforcé les compétences du Bundestag, en exigeant son feu vert pour les décisions engageant les deniers publics dans des plans d'aide européens. Ce qui ne va pas sans cafouillages: vendredi, l'assemblée avait décidé de confiner les débats sur le FESF à sa commission des affaires budgétaires. Avant de faire volte-face lundi et de convoquer une session plénière. Mme Merkel a assuré mercredi qu'elle «remerciait (les députés) pour leur soutien et leur accompagnement critique» et promis qu'elle «porterait le message du Bundestag à Bruxelles».

À l'avenir, toutefois, la chancelière devrait pouvoir se contenter le plus souvent du feu vert d'un groupe de travail restreint, dépendant de la commission des Affaires budgétaires, sans devoir solliciter toujours un aval en session plénière. «Le vote aujourd'hui de tout le Bundestag n'est pas représentatif des procédures futures», affirme Eckart Tuchtfeld, analyste de la Commerzbank, pour qui «ce n'est pas demain la veille qu'une réforme européenne échouera» à cause des députés allemands.

(L'essentiel Online/AFP)

Ton opinion