François Bausch – «Mettre le paquet sur les transports en commun»

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François Bausch«Mettre le paquet sur les transports en commun»

LUXEMBOURG - Quelques jours après son entrée en fonction, François Bausch, nouveau ministre du Développement durable (Déi Gréng), dévoile sa vision du Grand-Duché pour les années à venir.

L'essentiel Online: Les récents accords donnés pour le rapprochement entre Cargolux et HNCA, synonyme de développement du transport aérien pour le Luxembourg, ne sont-ils pas en contradiction avec votre vision du développement durable?

François Bausch: Toute croissance économique peut être en contradiction avec le développement durable. Je dis «peut», ce qui signifie que ce ne doit pas forcément être le cas. Même en tant que Vert, je me dis qu'on ne peut pas changer la société du jour au lendemain. C'est une longue transition qui va se faire de toute façon. Maintenant, pour l'aéroport et Cargolux, on parle de près de 10 000 emplois. Aucun écologiste n'est d'avis qu'il faut faire n'importe quoi et mettre en danger les vies qui sont derrière. L'écologie a aussi un aspect social. Au-delà de cela, il faut discuter au niveau international pour mettre en place des modèles de développement différents. Pour le moment, il ne faut pas brûler les étapes mais faire un compromis.

Donc cette logique, vous allez l'appliquer sur l'ensemble des dossiers qui sont sous votre responsabilité…

Oui, absolument. Et le bon exemple est la plate-forme multimodale de Bettembourg qui permet le transfert des marchandises de la route vers le rail. Mais encore une fois, on ne va pas tout changer du jour au lendemain. Je possède un smartphone, je sais très bien d'où il provient et les conditions dans lesquelles il a été produit. On ne peut pas vivre à côté de la société, surtout dans un petit pays comme le Luxembourg, mais on peut réorienter pas mal de choses dans le sens du développement durable. Pour moi, le plus important reste de conserver notre potentiel économique et ensuite d'essayer de modifier un peu notre mode de vie.

Dans le programme du gouvernement concernant votre ministère, le terme d'«amélioration» des textes existants revient très souvent. Que cela signifie-t-il concrètement?

Il faut poser de nouveaux jalons pour les années à venir. Le gouvernement doit développer une mobilité qui permette aux citoyens d'utiliser de manière rationnelle tous les modes de transport qui existent. Ça peut être la voiture, le tram, le vélo, etc. Il faut développer notre réseau pour permettre aux gens d'avoir le choix. Ça ne sert à rien de dire aux frontaliers de ne pas prendre leur voiture s'il n'y a aucune autre alternative ou alors un transport qui double ou qui triple le temps de trajet. C'est pour ça que le gouvernement a décidé de mettre le paquet sur les transports en commun et la mobilité douce. De faire un saut de qualité dans ce domaine. Pour le tram par exemple, nous avons décidé d'accélérer non seulement le projet, mais aussi les antennes qui devaient initialement être construites à partir de 2020. En clair, la réalisation dès le début des extensions vers le Findel ou vers la Cloche d'or.

Vous souhaitez donc donner le choix aux usagers…

Exactement. C'est à partir du moment où les gens possèdent une offre conséquente qu'ils commencent à réfléchir sur le moyen de transport à utiliser. Mon objectif, au final, est d'arriver à ce que, le matin, au lieu de se dire «je prends la voiture et je pars», qu'ils se demandent ce dont ils ont besoin pour la journée et qu'ils adaptent leur moyen de transport en fonction. C'est donc le multimodalisme qui va s'imposer. Cela veut dire créer des P&R, développer le covoiturage au niveau national et toute une palette de mesures pour qu'à la fin l'usager ait sa carte de mobilité dans laquelle se retrouvera la possibilité de circuler en train, en bus, en vélo, etc.

Existera-t-il des incitations financières pour amener les usagers à utiliser cette fameuse carte?

Je crois qu'il faudrait favoriser des accords avec des entreprises ou avec des secteurs d'entreprises. Il faut aussi revoir la tarification, car même si elle a le très grand avantage d'être nationale, je ne trouve pas normal qu'une personne qui prenne le bus entre Belair et le Kirchberg paie le même tarif qu'une personne qui relie Troisvierges à Luxembourg-Ville. Il faudrait alors réfléchir à un système de zonage.

Cette volonté de mettre en valeur les transports en commun va-t-elle se traduire par une hausse du nombre d'emplois au sein des CFL ou des sociétés de bus par exemple?

Des appels d'offres ont d'ores et déjà été lancés car derrière tout cela se cachent aussi d'énormes investissements dont vont profiter le bâtiment et la construction…

Cela remet-il en question d'autres investissements lourds qui avaient été pris par le précédent gouvernement, comme le doublement de l'autoroute A3?

Ce qu'on va faire, c'est analyser la situation pour voir s'il n'y a pas des points dangereux entre Bettembourg et Luxembourg-Ville et les améliorer. Mais doubler les voies sur toute cette longueur est un énorme investissement qui n'a aucun sens. Le problème, c’est que des milliers d'automobilistes qui veulent se rendre dans le centre économique du pays se confronteront toujours au fait qu'il existe un goulot d'étranglement à l'entrée de la capitale et de ses environs. Il existe d'autres alternatives.

Vous faites donc marche arrière par rapport aux engagements de votre prédécesseur

Ce que le gouvernement s'engage à faire c'est améliorer les points dangereux entre Bettembourg et Luxembourg-Ville, comme faire une troisième voie pour mieux distribuer les voitures au niveau de l'échangeur vers Trèves, tout comme au niveau de Bettembourg. Mais entre Capellen et Luxembourg, on ne va rien faire. Nous avons également prévu d'améliorer le réseau routier, avec notamment la création des boulevards de Merl et de Cessange destinés à désengorger la capitale. Mais notre philosophie reste la même, à savoir de construire des contournements pour favoriser les transports en commun. Ce sera la même chose pour le contournement de Bascharage ou la pénétrante de Differdange. Nous n'allons pas arrêter de construire des routes…

Et qu'en est-il du doublement de la voie ferroviaire entre Bettembourg et Luxembourg, destinée au transport des marchandises et à la ligne TGV?

C'est clairement une top priorité. Si on veut augmenter les capacités de voyageurs venus de France vers le Luxembourg, le doublement de cette voie est indispensable. C'est un investissement prioritaire qui figure dans le programme de coalition.

Et à propos du trafic vers la Belgique et vers l'Allemagne?

Pour la Belgique, c'est principalement un problème de courant qu'il faut changer et améliorer certains points sur la ligne. Mais pour cela, je dois discuter avec mes homologues, ce qui devrait se faire en janvier. Pour ce qui est de l'Allemagne, il y a beaucoup de choses à faire. Il faut que nous ayons un accès plus rapide vers le réseau à grande vitesse allemand car nous sommes actuellement complètement mis à l'écart.

Au niveau de la sécurité routière, quelle sera la ligne adoptée?

Il faut renforcer les contrôles car, parfois, il n'y a que la répression qui amène à avoir des conducteurs «civilisés». C'est dommage, mais c'est ainsi? Je vais voir avec mon homologue à la Justice, Felix Braz, sur ces points. Nous allons revoir le système du permis à points, mettre en place les radars automatiques, qui ne seront pas des machines à sous pour l'État, et d'autres mesures. Il faut que nous ayons un autre comportement sur les routes, notamment en ce qui concerne l'alcool et toutes les drogues de manière générale. Parmi les pistes de réflexion évoquées, nous pourrions supprimer le permis de manière préventive aux récidivistes.

Et quid de la réforme annoncée du contrôle technique?

Mon prédécesseur avait déjà bien entamé les démarches, je vais donc tenter de finaliser assez rapidement le projet de loi. Nous allons analyser à nouveau tout le projet, mais nous resterons sur la philosophie mise en place par Claude Wiseler pour tenter d'accélérer le passage à Sandweiler car tous les points analysés précédemment vont nous permettre grandement à régler plusieurs problèmes liés au passage au contrôle technique.

Recueilli par Mathieu Vacon et Jean-Michel Hennebert/L'essentiel Online

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