Tennis luxembourgeois – «Minella est capable de reproduire ces résultats»

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Tennis luxembourgeois«Minella est capable de reproduire ces résultats»

Fabien
Verougstraete, qui fut
le premier entraîneur de Mandy Minella, analyse
son parcours à l'US Open.

L’essentiel: À quand remonte votre rencontre avec Mandy Minella?

Fabien Verougstraete : Elle avait cinq ans. C’était en 1992, je crois. Je l’ai entraînée entre ses débuts et ses seize ans. À ce moment-là, je l’ai incitée à rejoindre le Centre Patrick-Moratouglou à Paris, car certaines choses empêchaient sa progression avec moi. En tant qu’entraîneur de club, je ne pouvais pas lui proposer un suivi suffisant en compétition ou un programme d’entraînement supérieur à 1 h 30 ou 2 h par jour. Elle gagnait des tournois en moins de seize ans et il lui manquait un entraîneur à temps plein. le Centre Patrick-Moratouglou a aussi vu passer Gilles Muller, Aravane Rezaï ou encore Marcos Baghdatis.

Comment s’est passée la suite de sa progression?

Le centre n’était pas ce qu’il y avait de mieux pour elle. Entre 16 et 22 ans, elle se cherchait et elle a fini par trouver auprès du clan de son entraîneur actuel Norbert Palmier une structure familiale qui corresponde mieux à son caractère.

Quels étaient ses qualités et ses défauts quand vous l’aviez à l’entraînement?

S’il fallait citer un défaut je parlerais d’un certain manque de maturité. Je savais qu’elle ne serait pas une prématurée du tennis et que son éclosion viendrait un peu plus tard. Elle s’est toujours développée lentement mais sûrement. Peu à peu, elle a commencé à connaître son tennis. Ce tempérament me laisse penser qu’elle est capable de reproduire à l’avenir ce qu’elle a réalisé à New York. Sinon ce serait contraire à ce que je sais d’elle.

En cela, elle semble un peu différente de Gilles Muller qui avait, lui aussi, brillé à l’US Open…

Ses progrès sont plus construits avec plus de travail. Par rapport à Gilles, elle avait peut-être un peu moins de talent mais ce travail lui a permis de bâtir son jeu sur des bases sans doute plus solides et de bénéficier de plus de régularité.

Quelles étaient ses qualités?

Elle avait une vraie volonté de se développer dans le tennis et disposait de qualités techniques très importantes. Avec son grand gabarit, elle a eu l’avantage de bien servir. Et aujourd’hui, elle exprime davantage de puissance et de détermination dans son jeu. C’est assez récent. Je la vois environ tous les trois mois lors des compétitions par équipes du Spora, cela me permet de juger son évolution. Et je trouve qu’elle a gagné en détermination, en maturité et en connaissance d’elle-même.

On parle beaucoup de la fragilité et d’un manque de confiance en elle de Mandy. Existait-il très tôt des signes de cela?

Selon moi, elle s’exprime chez beaucoup de sportifs luxembourgeois qui partent pour réussir. Dans leur pays, ils ont l’habitude de tout gagner d’être les numéro 1. Et lorsqu’ils se frottent à la concurrence étrangère, ce n’est plus la même chose. Ils perdent souvent au début. Et tout s’écroule pour eux, comme un château de cartes. Ensuite, il faut regagner la confiance et cela se travaille dans chaque tournoi. Pour cela, les sportifs luxembourgeois qui brillent au niveau international sont des gens exceptionnels. Ils ont le tempérament, le mental pour avoir une mentalité de bagarreurs, même s’ils disposaient de toutes les facilités lors de leurs premiers pas dans leur sport.

Vous attendiez-vous à de telles performances de sa part à l’US Open?

Elle n’avait jamais passé un tour en qualification d’un tournoi du Grand Chelem. C’était donc une très agréable surprise. Il faudrait maintenant que cette expérience lui soit profitable et qu’elle lui permette de s’installer durablement dans le top 100 dans les mois à venir. Car en faisant partie des cent meilleures mondiales, on gagne de l’argent, on est une vraie professionnelle. Avant c’est toujours un peu délicat.

Sentiez-vous quand vous l’entraîniez, qu’elle avait le potentiel pour atteindre le top 100?

Je ne dis jamais rien à ce sujet. C’est délicat, tous les joueurs se développent différemment. Je ne peux pas dire si elle atteint actuellement son maximum où s’il lui reste de la marge. Ce qui est certain, c’est que je ne l’aurais pas envoyée à Paris, à 16ans loin de sa famille si je ne croyais pas en elle. J’estimais que cela lui serait profitable. Il lui fallait plus de professionnalisme autour d’elle. Également pour lui permettre de gagner en maturité.

Quel sentiment ressentez-vous après son 3etour à l’US Open?

Je suis fier d’elle. Je lui ai d’ailleurs envoyé un message pour le lui dire avant qu’elle n’affronte Venus Williams. Je lui ai dit aussi que j’espérais qu’elle appréciait ce milieu particulier que constitue le tableau final d’un Grand Chelem.

Que doit-elle faire désormais pour continuer à progresser?

Elle va approcher la 130e place au prochain classement WTA. Il va falloir qu’elle change le niveau des tournois auxquels elle participe. Elle va obtenir plus d’invitations de la part des directeurs de tournois. Avec Norbert Palmier, elle risque de monter la barre d’un cran. Arrêter les tournois à 25 000 dollars et choisir des tournois plus relevés qui lui permettront d’atteindre le top 100 avant la fin de l’année. C’est tout ce que je lui souhaite.

Recueilli par Nicolas Martin

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