Antoine Deltour – «Mon rôle se limite à avoir fait un copier-coller»

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Antoine Deltour«Mon rôle se limite à avoir fait un copier-coller»

LUXEMBOURG - Antoine Deltour, dont le procès s'est ouvert ce mardi à Luxembourg, ne se considère pas comme un militant: il dit avoir simplement agi en «citoyen».

20160426:  LUXEMBOURG/ VILLE. DEBUT CE MATIN DU PROCES ANTOINE DELTOUR ,EDOUARD PERRIN , ET RAPHAEL HALLET. A LA CITE JUDICIAIRE DE LUXEMBOURG. DANS L'AFFAIRE LUXLEAKS. ICI ANTOINE DELTOUR A SON ARRIVEE AU TRIBUNAL EN COMPAGNIE DE SON AVOCAT MAITRE PENNING.
PHOTO: Hervé Montaigu

20160426: LUXEMBOURG/ VILLE. DEBUT CE MATIN DU PROCES ANTOINE DELTOUR ,EDOUARD PERRIN , ET RAPHAEL HALLET. A LA CITE JUDICIAIRE DE LUXEMBOURG. DANS L'AFFAIRE LUXLEAKS. ICI ANTOINE DELTOUR A SON ARRIVEE AU TRIBUNAL EN COMPAGNIE DE SON AVOCAT MAITRE PENNING.
PHOTO: Hervé Montaigu

Editpress/Hmontaigu

Antoine Deltour dit assumer les conséquences de son action, tout en éprouvant «un sentiment mêlé d'impatience et d'appréhension». Il encourt une peine de 10 ans d'emprisonnement et plus d'un million d'euros d'amende. Poursuivi pour avoir fourni à la presse des documents révélant des accords entre le fisc luxembourgeois et certaines multinationales, il comparaît devant la justice luxembourgeoise jusqu'au 4 mai.

«Au départ, j'étais juste une source anonyme, et je me retrouve sur le devant de la scène», raconte-t-il dans un entretien accordé la veille à l'AFP dans une brasserie d’Épinal, sa ville natale des Vosges où il est aujourd'hui revenu vivre. Jusqu'en 2010, il travaillait au Luxembourg voisin comme auditeur dans la filiale du cabinet de consultants PricewaterhouseCooper (PwC) avant «d'en démissionner», «entre autres, parce qu'(il est) scandalisé par certaines pratiques fiscales».

Il copie des centaines d'actes fiscaux

Lui qui avait débuté sa vie professionnelle au Luxembourg «sans a priori» mais «sans naïveté» ne se doutait «ni de l'ampleur ni de la radicalité de ces pratiques». «Pendant deux ans, j'ai accepté, considérant que ma situation confortable méritait de faire ce sacrifice, mais j'ai ressenti le besoin de partir pour être en phase avec mes convictions», explique-t-il. Avant de quitter son poste, il copie sur le serveur informatique des centaines d'actes fiscaux confidentiels entre l'administration fiscale luxembourgeoise et des multinationales.

Lorsqu'il prend contact avec des experts sur le sujet pour «valider (son) interprétation», «cela ne donne rien de probant" et il se dit "prêt à abandonner». Plusieurs mois plus tard, en 2011, il est contacté par le journaliste Édouard Perrin, de l'émission "Cash Investigation" de la chaîne publique France 2, à qui il livre les documents. La révélation de ces informations déclenche le scandale des "Luxleaks", qui avaient mis en lumière les "tax rulings", ces décisions anticipées conclues au Luxembourg et qui permettent aux multinationales d'échapper quasiment à l'impôt.

«C'est une épreuve d'affronter la justice»

Inculpé en décembre 2014 par une juge d'instruction luxembourgeoise de vol, violation du secret d'affaires, violation du secret professionnel, accès frauduleux à un système informatique et blanchiment, M. Deltour comparaîtra avec un deuxième employé de PwC et le journaliste français Édouard Perrin. «Mon rôle se limite à avoir fait un copier-coller et à avoir répondu à un journaliste», assure M. Deltour, ajoutant que «le traitement de cette information est allé bien au-delà de (ses) intentions».

«C'est une épreuve d'affronter la justice, mais mon anxiété actuelle est contrebalancée par les répercussions qui prouvent que l'intérêt général était au cœur de ma démarche», assure-t-il même si, depuis sa mise en cause par la justice, il reconnaît avoir été parfois traversé par le doute. «Quand je me suis retrouvé placé en garde à vue, je me suis demandé pourquoi je m'étais mis dans cette situation», dit-il, rassuré toutefois par ce que «les révélations ont permis» de déclencher.

(L'essentiel/AFP)

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