En concert – Nas célèbre ses dix commandements
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En concertNas célèbre ses dix commandements

LUXEMBOURG – Prophète de la culture hip-hop, Nas était de passage jeudi soir à L’atelier, pour fêter les vingt ans de son plus grand album, «Illmatic». Dix morceaux légendaires.

Aucun «hip-hop head» digne de ce nom n’a pu oublier ce visage d’enfant au regard dur, imprimé sur la couverture de «Illmatic». Nasir Jones, né le 14 septembre 1973, à New-York, fils du chanteur de jazz Olu Dara, sortait en 1994 «l’album parfait». À 20 ans seulement, Nas entrait au Panthéon du hip-hop, aux côtés de ses glorieux prédécesseurs, Rakim et Big Daddy Kane, pour ne citer qu’eux.

Deux décennies sont passées, mais le mythe ne s’est pas évaporé et les disciples du «God’s Son» se pressent par milliers pour célébrer, avec son auteur, l’anniversaire de ce disque de légende. La première escale luxembourgeoise du rappeur, dans un Atelier plein à craquer, ne pouvait que se transformer en moment de bravoure. Menaçantes à souhait, les premières notes de «New-York State of Mind» transportent d’emblée le spectateur dans les ruelles de la Grosse Pomme. Celles du célèbre quartier de Queensbridge, à deux pas de l’emblématique pont de Queensboro. De l’autre côté de l’East River, à mille lieues des boutiques branchées de Manhattan, la plus grande cité d’Amérique est décrite sous tous les angles par son plus digne représentant. De sombres histoires de rue, merveilleusement imagées, gravées à jamais dans le béton brunâtre des «projects» new-yorkais. De l’incarcération du rappeur Cormega au meurtre de son meilleur ami, Ill Will, Nas rend éternel ses chroniques de l’ultra violence urbaine des années 1990. Ici, au Luxembourg, à 6 000 km de New-York.

Porté par son répertoire chargé en classiques

Le MC du Queens ne déroge pas à son concept pendant toute la première partie du show, enchaînant dans l’ordre (à quelques exceptions près) les dix trésors d’Illmatic, avec pour seul soutien l’excellent DJ, Green Lantern. Nul besoin d’instruments ou de fioriture, les beats de DJ Premier, de Pete Rock ou encore de Large Professor s’apparentent à des pièces de musée. Pas question d’y toucher ou de les transformer.

Une fois la grand-messe passée, le «roi de New-York» s’offre plus de libertés. Le spectacle vire à la démonstration, porté par une série de classiques. De ses premières rimes sur «Live at the Barbeque» (1991) à «Stay» (2012), bijou aux accents jazzy venu ponctuer le concert, un pan entier de l’histoire du hip-hop est revisité dans la fournaise de L’atelier, transformé pour l’occasion en block-party. Les multiples facettes du MC aux mille et un surnoms (Nastradamus, Nas Escobar, Nasty Nas) ressortent au grand jour. Outrancier («Hate me Now»), égocentrique («Nas is Like»), pacificateur («Accident Murderers»), conscient, ésotérique, Nas est tout à la fois, sans jamais perdre une once de crédibilité. Sa fascination pour les récits mafieux n’a d’égal que la richesse littéraire de ses textes. À l’agitation d’un «Made You Look» qui sent la crasse à plein nez, succède un «One Mic» démonstratif. Là, le public se tait et admire la force de l’interprétation. Celle d’un MC en osmose totale avec son art. Celle d’un MC né pour emmener le hip-hop à un niveau jamais atteint.

(Thomas Holzer)

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