Crise dans la zone euro – «Nous faisons le maximum pour Chypre»

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Crise dans la zone euro«Nous faisons le maximum pour Chypre»

Les négociations étaient tendues dimanche entre les bailleurs de fond et le président chypriote, Nicos Anastasiades. Celui-ci a prévenu qu'il pourrait démissionner.

Les retraits seront limités à 120 euros par jour pour contenir la ruée vers les guichets.

Les retraits seront limités à 120 euros par jour pour contenir la ruée vers les guichets.

Keystone

«Les négociations continuent. Nous faisons le maximum pour Chypre», a indiqué en début de soirée le président Nicos Anastasiades sur son compte Twitter. Selon les médias publics chypriotes, M. Anastasiades a prévenu dimanche soir les bailleurs de fonds internationaux que les contreparties exigées pourraient le forcer à démissionner. «Vous voulez me forcer à démissionner?» a dit M. Anastasiades, selon l'agence CNA, aux responsables de la troïka -Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international (FMI)- au cours des négociations.

«Si c'est ce que vous voulez, dites-le moi», a-t-il ajouté, toujours selon CNA qui cite des sources au palais présidentiel à Nicosie, où les responsables des partis politiques sont régulièrement informés de l'état des discussions. «Je vous fais une proposition, et vous ne l'acceptez pas. Je vous en donne une autre et c'est la même chose. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse?» a-t-il lancé. M. Anastasiades s'entretenait depuis le début de l'après-midi avec les présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, de la Commission, José Manuel Barroso, de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. La directrice du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde participait aussi aux négociations.

Banqueroute possible et sortie de la zone euro du pays

«Le président et sa délégation doivent s'acquitter d'une tâche difficile (...) pour éviter un défaut qui menace l'économie, en l'absence d'accord final sur le prêt» de 10 milliards d'euros que doivent octroyer l'UE et le FMI, a indiqué le porte-parole du gouvernement. Plusieurs responsables de la zone euro ont estimé qu'un accord est possible, à condition que Nicosie y mette du sien. Pour le Français Pierre Moscovici, «les paramètres d'une solution existent mais le diable est souvent dans les détails». Il a insisté sur la nécessité de taxer les dépôts les plus importants à Chypre et de mettre fin à ce qu'il qualifie d'«économie-casino».

En cas d'échec des discussions, le bras de fer entre Nicosie et ses potentiels bailleurs de fonds pourrait précipiter la banqueroute du pays et sa sortie de la zone euro. Chypre est en effet sous la menace directe de la BCE, qui veut couper les vivres à ses banques dès lundi faute d'accord. Samedi, des négociations-marathon ont eu lieu à Nicosie entre des représentants de la troïka (Union européenne, BCE et FMI) et les autorités chypriotes sur les moyens de réunir les 5,8 milliards d'euros exigés en échange d'un prêt international de 10 milliards.

Taxe sur les comptes importants

Cette somme devait provenir d'une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires. Mais ce plan, qui a mis le feu aux poudres, a été rejetée mardi par le Parlement chypriote. Selon un haut responsable du gouvernement chypriote, les tractations butent notamment en raison de l'attitude «rigide» du FMI. Autre difficulté: l'avenir de la Bank of Cyprus, le premier établissement du pays, que Nicosie refuse de voir disparaître. Selon des sources proches des négociations, la troïka voudrait une restructuration de la Bank of Cyprus et de la Popular Bank (Laiki). Les deux banques «doivent disparaître» pour laisser la place à une nouvelle banque créée avec leurs actifs sains.

Malgré les difficultés, Chypre et la troïka ont enregistré quelques progrès dans la nuit de samedi à dimanche. Ils consistent principalement en un accord sur une taxe sur les comptes importants, selon les médias locaux. Plusieurs télévisions chypriotes ont annoncé que les deux parties s'étaient accordées sur une décote de 20% des comptes au-delà de 100 000 euros à la Bank of Cyprus et une taxe exceptionnelle de 4% sur les comptes dépassant ce montant dans toutes les banques du pays.

En attendant, sur l'île, les banques sont fermées depuis une semaines. Les clients des deux plus grandes banques doivent composer avec une nouvelle limitation des retraits aux distributeurs. Ils ne peuvent désormais retirer que 120 euros par jour à la Bank of Cyprus, et ceux de la Laiki 100 euros, a rapporté dimanche l'agence CNA. Dans le même temps, la colère et la crainte des épargnants de voir leurs économies ou leurs fonds de pension partir en fumée montent. Une manifestation a réuni samedi plusieurs centaines d'employés de banques devant le Parlement et le palais présidentiel.

(L'essentiel Online/AFP)

Manifestation

Des centaines de personnes ont manifesté dimanche à Nicosie pour dénoncer les mesures draconiennes réclamées par les bailleurs de fonds. Quelque 500 membres du parti communiste Akel, qui dispose de 19 des 56 sièges au Parlement, ont manifesté devant les locaux de la Commission européenne en scandant «Ne cède pas, peuple de Chypre, bats-toi pour tes droits» et «la troïka imprime des euros et achète des nations». «Nous manifestons contre les intentions de la troïka (des bailleurs de fonds) qui ne prennent pas en considération le peuple chypriote, seulement les chiffres et l'argent», a expliqué Andreas, un retraité membre du parti.

«C'est la Troisième guerre mondiale, sous une forme économique. Et nous allons y faire face de toutes nos forces», a assuré une manifestante, Marina Charalambous. «Ils vont laisser les gens mourir de faim pour sauver les gros capitaux. Maintenant ce qu'il faut faire pour sauver complètement notre économie, c'est de refuser de payer la dette et de nationaliser les banques», a estimé un autre manifestant, Stavros Georgiou.

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