Claude-Emmanuelle Gajan-Maull – «Nous les trans, on est loin d’être le premier choix»
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Claude-Emmanuelle Gajan-Maull«Nous les trans, on est loin d’être le premier choix»

Claude-Emmanuelle Gajan-Maull est une actrice et mannequin trans. Elle déplore que les stéréotypes perdurent.

«Pas assez métisse, pas assez noire, pas assez blanche, pas assez mince, pas assez grosse, pas assez trans, trop trans, pas assez cis, trop cis, pas assez lisse, trop marquée, pas assez belle, trop belle, pas assez moche, trop moche, pas assez queer, trop queer, pas assez bien, trop bien, pas assez mauvaise, trop mauvaise, pas assez sexuelle, trop sexuelle et ainsi suite…» Sur son compte Instagram, Claude-Emmanuelle Gajan-Maull exprime son agacement quant à la place des personnes trans dans l’industrie de la mode: «Mon corps et mon identité me mettent le cul entre deux chaises dans des débats qui ne devraient pas avoir lieu (…)», écrit la Française.

Mannequin, elle ne défile pas car elle ne correspond pas aux tailles standards françaises. «Je dirais qu’il y a deux types de mannequins trans qui sont mis en avant en ce moment dans la mode. Du coup, tu vas avoir des personnes spécifiques qui vont être mises en avant. D’abord les filles trans, qui ont un physique indissociable des femmes cisgenres. Elles rentrent dans les normes du mannequinat grâce à leurs mensurations ou leur ethnicité plus standard. De l’autre côté, il y a les filles trans qui ont un physique qui laisse transparaître leurs transidentités», indique-t-elle récemment dans une interview accordée au magazine Neon.

«C’est rare que l’on nous propose de poser dans de jolies robes de soirée»

Première femme trans à participer à une campagne digitale pour YSL Beauté en 2019, la Française a posé pour Calvin Klein en 2021 et a joué dans deux films de Gaspar Noé, «Climax» et «Lux Æterna». «C’est rare que l’on nous propose de poser dans de jolies robes de soirée ou des vêtements qui nous mettent vraiment en valeur», remarque-t-elle. Elle regrette qu’en Europe, les femmes trans soient moins mises en avant que dans les pays anglo-saxons et ne soient pas traitées comme des femmes à part entière. «Si je n’avais pas le petit drapeau trans sur ma bio Instagram ou si je ne disais pas tous les deux matins que je suis trans, je travaillerais sûrement beaucoup plus», imagine-t-elle. Selon elle, le fait d’avoir une poitrine refaite est également perçu négativement en France.

Ses projets? Se trouver derrière la caméra – faire de la photo, de la vidéo, réaliser, écrire des scénarios, être à la direction artistique – afin de faire bouger les lignes. «C’est dans ce genre de métiers qu’on pourra être mieux représentées en tant que personnes trans», espère-t-elle.« Je pense que les directeurs de castings ont extrêmement peur de proposer une nouvelle dynamique pour renouveler les standards de leurs profils. Ils ne préfèrent pas se risquer à proposer le nouveau profil qui sorte trop des codes de la mode française. Donc nous les filles trans, on est loin d’être le premier choix.»

(Lauren Cavin-Hostettler/L'essentiel)

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