Affaire Karachi – Nouvelles révélations d'un témoin clé
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Affaire KarachiNouvelles révélations d'un témoin clé

Un témoin-clef du dossier de l'attentat de Karachi en 2002 dit ne pas croire qu'il ait pu être provoqué par un imbroglio en France à la suite d'une affaire de corruption.

Nicolas Sarkozy s'était entretenu avec les familles des victimes. (AFP)

Nicolas Sarkozy s'était entretenu avec les familles des victimes. (AFP)

Michel Mazens, un haut fonctionnaire chargé de négocier les marchés d'armement en 1995, a ainsi précisé dans Libération de lundi une déposition devant le juge qui laissait penser qu'il accréditait l'idée de ce lien. «A mon sens, il n'y a pas de lien entre les deux. Je n'ai d'ailleurs jamais reçu la moindre information qui m'aurait permis de le penser», dit-il à Libération.
Cet homme a confirmé devant la justice qu'il avait eu ordre personnellement du président Jacques Chirac en 1995 de mettre fin à certains paiements de commissions en marge d'un contrat de vente de sous-marins au Pakistan.

Un dirigeant de la Direction des constructions navales (DCN) qui produisait les sous-marins lui avait bien alors parlé de "risques pour les personnels", reconnaît Michel Mazens, mais, dit-il à Libération, «pas au point de craindre un acte criminel, ça ne se situait pas sur ce plan-là». L'attentat du 8 mai 2002 a tué onze Français qui travaillaient sur les sous-marins. Des renseignements, mais pas de preuves, laissent penser qu'il pourrait s'agir d'une vengeance après l'arrêt des paiements, ou d'un «rappel» au président Chirac qui venait alors d'être réélu.

Un retour frauduleux de l’argent en France

L'arrêt des paiements en 1995 était dû à un fort soupçon de l'existence de «rétrocommissions», un retour frauduleux de l'argent en France. Ce point a été confirmé publiquement sur TF1 vendredi soir par l'ancien secrétaire général de l'Elysée de l'époque, Dominique de Villepin. Il a dit penser que l'argent avait pu profiter à des personnalités "politiques et non politiques". Il a ensuite modéré ses déclarations dans d'autres médias. La justice suit la piste d'un possible financement illégal de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole.

A l'appui de cette hypothèse, l'instruction dispose d'un rapport de la police du Luxembourg, qui nomme ces deux hommes comme étant à l'origine de la création de deux sociétés ayant reçu les commissions litigieuses. Il a aussi été établi que c'est un réseau de deux Libanais recrutés in extremis par le gouvernement Balladur, alors que le contrat de sous-marins était signé, qui a amené la création du circuit financier en question. L'Elysée et Nicolas Sarkozy ont vivement réagi, parlant de «rumeurs malveillantes» et déclarant que l'affaire ne concernait en rien le président.

Nicolas Sarkozy promet de faire livrer tous les documents sur l'affaire, alors que plusieurs demandes de levée du secret-défense ont déjà été présentées et officiellement satisfaites. Deux juges d'instruction travaillent sur le dossier, Marc Trévidic sur l'attentat et Renaud Van Ruymbeke sur la corruption présumée, à travers une supposée entrave à la justice. Un appel du parquet demandant l'arrêt de cette seconde procédure doit encore être examiné par la cour d'appel.

L'essentiel Online/AFP

L'avocat de Dominique de Villepin, Me Olivier Metzner, a assuré lundi que l'ancien Premier ministre serait entendu par le juge «dans la semaine». «M. de Villepin n'entend mener aucun combat politique, mais simplement faire état, par respect des victimes et souci de vérité, de tout ce qu'il a eu à connaître en tant que secrétaire général de l'Elysée» lorsque Jacques Chirac a ordonné en 1995 l'arrêt de certaines commissions, selon Me Metzner.

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