Carburants au Luxembourg: «On craint une forte baisse de ventes à la frontière française»

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Carburants au Luxembourg«On craint une forte baisse de ventes à la frontière française»

LUXEMBOURG – L'importante aide annoncée sur les prix des carburants en France inquiète les pétroliers luxembourgeois.

par
Nicolas Martin

Le litre de carburant bientôt à 1,50 euro en France avec une ristourne de 30 centimes en septembre et octobre 2022. La nouvelle ne rassure pas vraiment le Groupement pétrolier luxembourgeois (GPL). «On craint bien sûr une baisse des volumes de vente à la frontière française similaire à ce qui s’est passé à la frontière allemande ces derniers mois. En mai et juin, les volumes y ont baissé de 30% à 40%», confie Jean-Marc Zahlen, secrétaire général du GPL.

«Avec la remise annoncée, on arriverait en France au niveau des accises du Luxembourg. Il est difficile de prévoir l’impact que cela aurait sur les volumes vendus au pays». Reste que le Luxembourg, qui a écoulé 2 milliards de litres de diesel et 500 millions de litres d’essences en 2019, a déjà vu fondre, entre Covid et taxe CO2, les ventes de diesel de 25% en 2020, et elles n’ont guère remonté depuis.

«Limiter la casse»

Et la prolongation en août de la ristourne de 7,5 centimes ne pourra que «limiter la casse pour les pétroliers», estime Jean-Marc Zahlen. «Selon les règles européennes, le Luxembourg ne pourrait pas descendre plus bas en termes d’accises qu’avec les 7,5 centimes. Les derniers leviers seraient une baisse de la TVA, là aussi très réglementée, ou une subvention directe comme celle consentie sur le mazout».

Difficile à imaginer car pour réduire les émissions de CO2 de 55% d’ici 2030, le gouvernement veut que le Luxembourg vende moins de carburant. Le pays souhaite, selon la ministre des Finances Yuriko Backes, «qu’à moyen terme, moins d’étrangers viennent faire le plein au Luxembourg». La taxe carbone a montré la voie. «Depuis 2019, il est déjà devenu plus avantageux pour les professionnels de faire le plein en Belgique», poursuit le secrétaire général du GPL.

Des fermetures de stations?

Reste que le groupement pétrolier rappelle qu’il représente 3 600 emplois au pays, dont une grande partie dans les stations. «Cette action politique n’apporte rien aux objectifs climatiques car cela ne fait que délocaliser les ventes dans les pays voisins et cela risque d’avoir surtout un effet sur les recettes de l’État et l’emploi dans le secteur», note Jean-Marc Zahlen.

Pour lui, il y a à court terme un risque de fermeture provisoire de stations «si les stations doivent vendre à perte». Et à moyen terme «des stations pourraient disparaître. Même si cela dépend de nombreux facteurs notamment des mutations déjà lancées vers les nouvelles formes d’énergie». Autre souci, la gestion de la future demande dans les stations côté français. «Elles ne sont pas prévues, par le nombre de pistes et la taille des réservoirs, pour délivrer de très gros volumes», glisse un professionnel du secteur.

Total fait des ristournes en France, pas au Luxembourg

TotalEnergies a décidé de renforcer sa remise à la pompe dans toutes les stations-services de France. Elle atteindra 20 centimes d'euro par litre entre le 1er septembre et le 31 octobre, puis 10 centimes d'euro par litre du 1er novembre au 31 décembre.

Et au Luxembourg? Si les prix maximum sont fixés au niveau national, «il n’est pas défendu de vendre moins cher», note le GPL, qui précise toutefois que la vente à perte est proscrite. Du côté de TotalEnergies, on précise à L’essentiel que «le contexte étant différent au Luxembourg», la question d’appliquer une ristourne comme en France «n’est pas à l’ordre du jour». Il n’est pas non plus envisagé de vendre les carburants à un prix inférieur au prix maximum légal. TotalEnergies Luxembourg précise qu’il va suivre de près la situation concernant l’impact des prix en France. Des fermetures de stations ne sont pas à l’ordre du jour.

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