En France – «On m'a enlevé trois abcès aux fesses»

Publié

En France«On m'a enlevé trois abcès aux fesses»

Attirée par un tarif avantageux et bernée par un faux médecin, Sandra* a payé au prix fort son désir de combler un «complexe» esthétique au niveau de ses fesses.

De plus en plus de femmes recourent à des injections clandestines, un acte de médecine esthétique potentiellement dangereux.

De plus en plus de femmes recourent à des injections clandestines, un acte de médecine esthétique potentiellement dangereux.

Le «diplôme de médecine» affiché sur le compte Instagram de l'injectrice, proposant des prestations à Paris, Dubaï, Nice et Marseille, était pourtant de nature à rassurer la trentenaire.

Tout comme ses longues explications: «Elle me disait être médecin en réanimation, mère de quatre enfants, pratiquant à côté des injections» pour arrondir ses fins de mois, se souvient Sandra.

Alors, début 2021, elle a sauté le pas en compagnie de sa sœur, convaincue par des photos de résultats «impressionnantes» et un tarif sept fois inférieur à celui proposé par les médecins, les seuls autorisés en France à pratiquer ce type d'injections.

«Installée ici provisoirement après un dégât des eaux»

Sandra avait déjà eu recours aux médecins pour des injections «officielles» d'acide hyaluronique, un gel qui donne du volume, dans le visage. Trop cher, cette fois. Rendez-vous est donc pris en mai dernier, dans un immeuble du XVIIIe arrondissement de Paris, «ni insalubre ni de standing».

Elle pousse la porte d'un deux-pièces. «Je suis surprise: il est vide. (L'injectrice) me dit s'être installée provisoirement ici après un dégât des eaux dans son cabinet», photos à l'appui.

Un «assistant» encaisse derrière un «comptoir de fortune» le solde de la prestation, un acompte de 100 euros avait été versé par PayPal.

«Elle me pique, la douleur est insupportable»

«Dans la pièce principale, il y a seulement une table avec une alèse, et une console avec le matériel dessus. Au sol, du parquet et non du carrelage, comme c'est le cas dans les cabinets médicaux où sont effectuées les injections».

Sandra s'allonge. «Elle me pique, la douleur est insupportable quand le produit pénètre dans mon corps, pourtant je ne suis pas douillette. Je n'en pouvais plus, j'ai crié. Elle m'a dit de ne pas m'inquiéter: "c'est normal, c'est un choc thermique"». La même douleur reviendra lors des trois injections qui suivront.

Le résultat promis n'arrivera en revanche jamais, et la «médecin» ne donnera plus signe de vie ou presque. Malgré ses demandes, elle ne lui a pas envoyé de facture, ni fourni le code-barres du produit utilisé.

Cinq mois d'antibiotiques

«Elle fait la morte, répond une fois sur dix», peste Sandra. «Au bout de quatre semaines, des petites boules sous ma peau apparaissent. Elle me dit de ne pas m'en inquiéter, que ces granulomes vont se dissoudre. Mais elles deviennent douloureuses en appuyant, au fil du temps. Je ne pouvais plus m'allonger».

Accusée d'avoir «manqué d'hygiène» par son injectrice qui se dédouane de toute responsabilité, la patiente finit par voir un médecin. L'échographie révèle un abcès, dont elle sera opérée fin juillet.

«Au total, on m'a enlevé trois abcès jusqu'en octobre, trois autres se sont résorbés avec les antibiotiques. Ces infections ont été créées par un staphylocoque doré», dont a été également victime la candidate de téléréalité Luna Skye suite à des injections aux fesses. «J’ai été sous antibiotiques pendant quasiment cinq mois. Et une infirmière venait tous les soirs pour mécher (nettoyer) les cavités», déroule Sandra.

Un «danger public»

Déterminée à ne pas en rester là, Sandra dit avoir signalé le compte de son injectrice à Instagram, comme plusieurs autres victimes.

Il était toujours actif début février et les équipes d'Instagram menaient des investigations à son sujet, a-t-on appris auprès de Meta, propriétaire du réseau social.

Sandra a fini par déposer début janvier en banlieue parisienne une plainte nominative contre la faussaire présumée, «un danger public» dénué de toute «morale» et motivé par «l'appât du gain».

En plus de sa colère, elle ne cache pas éprouver aussi «de la honte». «C'est pour ça que je témoigne anonymement. Personne n'est au courant à part ma sœur».

* Prénom modifié

(L'essentiel/AFP)

Ton opinion