Henri Lecomte – «On oublie parfois d'être à l'écoute de ses enfants»

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Henri Lecomte«On oublie parfois d'être à l'écoute de ses enfants»

LUXEMBOURG - L'ancien tennisman Henri Leconte s'est rendu à «L'essentiel» pour évoquer une thématique qui lui tient à cœur: le harcèlement scolaire. Un entretien sincère et authentique.

Henri Leconte, à «L'essentiel», pour évoquer le harcèlement scolaire.

Henri Leconte, à «L'essentiel», pour évoquer le harcèlement scolaire.

Vincent Lescaut

L'essentiel: Henri Leconte, ancien joueur de tennis de 1980 à 1996, 5e joueur mondial en 1986, et vainqueur de la Coupe Davis avec la France en 1991, vous êtes toujours impliqués dans le sport et dans l'évènementiel au Luxembourg et à l'étranger, pourquoi nous rendez-vous visite dans les bureaux de L'essentiel?

Henri Leconte: Je suis là pour défendre une cause qui s'appelle Amazing Kids. Lorsque j'ai pris connaissance des problèmes de harcèlement à l'école, c'était important pour moi de m'exprimer sur ce sujet et de défendre cette cause importante. Ce sont les enfants d'aujourd'hui, mais ce sont surtout les adultes de demain. Les enfants ne s'en rendent pas toujours compte, mais cela peut-être d'une violence inouïe. Et c'est aux parents de faire attention. On oublie parfois d'être à l'écoute de ses enfants.

Vous avez quatre enfants. Une fille de 14 ans, un garçon de 16 ans, et deux plus grands de 25 et de 35 ans. Votre épouse Maya a également deux enfants. En quoi le problème du harcèlement à l'école vous concerne particulièrement?

On fait attention à être présent. Il faut être là quand il faut tout de suite désamorcer. Moi-même, très tôt, quand j'étais enfant, j'ai vécu des moments difficiles à l'école. Les mots d'un enfant peuvent être terribles car il ne sait pas très bien ce qu'il dit. Ils disent des choses, et puis ils croient que ce n'est pas grave. Quand ces mots durs se répètent, ça peut détruire une personne et l'envoyer dans une mauvaise direction.

Comment surmonter cette difficulté?

Le dialogue. Aujourd'hui, on a besoin de parler à nos enfants. Avec Internet et les réseaux sociaux, tout le monde se cache. Et c'est facile de pouvoir dire des choses avec un autre nom. On construit une carrière en 15-20 ans et, sur les réseaux sociaux, on peut la détruire en deux minutes. Aujourd'hui, on n'a plus le droit à l'erreur. Il faut pouvoir utiliser le système, mais aussi communiquer dans le bon sens. J'ai été très touché par le message de Catherine Verdier et il faut en parler, car on n'en parle pas assez. Il faut aider nos enfants à faire sortir la souffrance qu'ils ont en eux. À l'école et partout.

En quoi, le sport, un milieu que vous connaissez bien, peut-il aider les enfants à surmonter ces difficultés?

Le sport doit permettre de s'extérioriser et de s'exprimer d'une autre façon. Le harcèlement scolaire, les enfants, ils ont honte d'en parler, ils ont peur. On doit aider les introvertis à s'exprimer. Et le jour où ça explose, c'est comme une cocotte-minute. Le dialogue est plus difficile aujourd'hui avec les enfants et les adolescents. C'est aux parents d'appuyer sur les bons boutons et de faire attention.

Cette puissance des réseaux sociaux où la haine peut déferler plus rapidement à l'aide d'un smartphone, comment la maîtriser?

C'est compliqué. Il y a une certaine violence et certains se créent une autre vie. Il faut vérifier et contrôler de temps en temps. Il faut regarder ce que nos enfants mettent sur Facebook ou sur Instagram. Ma fille a été harcelée par une copine et elle voulait changer de lycée. On en a discuté. Pourquoi a-t-elle été provoquée? Quelle attitude avait-elle eu auparavant? Il faut essayer de comprendre comment tout a commencé. Là, on peut communiquer avec ses enfants. Elles se sont expliquées et ne se fréquentent plus, mais ma fille n'a pas changé de lycée. Cela ne marchera pas à chaque fois, mais il faut prendre le temps de parler avec nos enfants. Pas pendant huit heures, mais simplement leur dire qu'on est avec son enfant et que l'on va affronter ce problème ensemble.

Que dire aux jeunes aujourd'hui qui se retrouvent parfois piégés dans cette dictature du "like" et où ils cherchent des abonnés à tout prix sur les réseaux sociaux?

Un papa comme moi qui a été connu, il dit simplement à ses enfants de faire attention. J'étais sur Twitter et je m'en suis retiré, car je n'arrivais pas à m'identifier. Certains jeunes décident même d'arrêter les réseaux sociaux, car cela ne sert à rien finalement. On s'y crée une autre vie. Sur mes réseaux, je communique simplement ce que j'ai envie de dire sur le sport. Je fais des vidéos marrantes, mais je sais de quoi je parle. Je ne suis pas là pour me cacher derrière une application ou un autre personnage. C'est facile de critiquer, mais quand on a la personne en face, ce n'est plus du tout la même chose. Sur un terrain de tennis, j'ai appris à me battre. C'était comme un combat de boxe. Avant tout, c'est le combat et c'est "face to face". Le monde du sport peut aider et sauver certains enfants en les aidant à s'exprimer.

Que dire aux jeunes sportifs qui aspirent à une grande carrière et qui s'affichent déjà énormément sur les réseaux sociaux? Eux aussi peuvent être victimes d'agressions et de commentaires violents.

Il faut prendre le temps. Aujourd'hui, le problème c'est que l'on veut tout, tout de suite. Certains enfants me disent qu'ils ont envie d'être des champions sans s'entraîner. Là, c'est compliqué... Faire du sport de haut-niveau, c'est du travail. Il faut aussi un peu de talent. Il faut avoir quelque chose de plus, mais plus on a du talent, plus il faut bosser. Il faut arriver à comprendre comment on est devenu performant. Il faut aussi avoir de l'humilité, car du jour au lendemain, tout peut basculer. Du côté négatif, comme du côté positif.

En tant qu'ancien joueur de tennis, quel est votre sentiment par rapport à l'affaire Djokovic qui a fait tellement de bruit avant le début de l'Open d'Australie?

Le règlement, c'est comme à l'école, tout le monde doit le respecter. Après, les décisions de chacun leur appartiennent et la décision de Djokovic lui appartient. Je ne suis pas là pour juger. Il y a eu cette histoire, mais le plus important, c'est de parler de l'Open d'Australie. Comme nous tous, les joueurs ont souffert de la pandémie de Covid-19. Quand on va dans un pays comme l'Australie, qui en plus est une île, on doit respecter ce que l'on nous demande. Djokovic est quelqu'un de très intelligent qui a aussi cette détermination. J'espère qu'il va sortir grandi de cette difficile période pour aller reconquérir un 21e Grand Chelem.

(Frédéric Lambert / L'essentiel )

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