Nouvelle vie – Otages: la vie d’après
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Nouvelle vieOtages: la vie d’après

Après sa libération, une personne
séquestrée a changé. Analyse à l’occasion du retour du Vosgien Pierre Camatte et d’un livre de l’ex-mari d’Ingrid Betancourt.

«Je ne la reconnais plus», écrit l’ex-mari d’Ingrid Betancourt. Pas étonnant, disent les psys.

«Je ne la reconnais plus», écrit l’ex-mari d’Ingrid Betancourt. Pas étonnant, disent les psys.

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«Ma femme est vraiment devenue une étrangère». Aujourd’hui, Juan Carlos Lecompte, ex-mari d’Ingrid Betancourt, règle ses comptes avec l’ex-otage des FARC. Hier, le Vosgien Pierre Camatte posait le pied sur le sol français après avoir été retenu trois mois au Mali par al-Qaïda. Va-t-il lui aussi changer, sa liberté retrouvée?

On se souvient de Florence Aubenas, journaliste de Libération séquestrée à Bagdad, rigolant à son retour en France. Une fois libres, les otages ne sont pourtant plus les mêmes. «C’est classique. Il y a eu menace vitale et déshumanisation. Les séquelles psychologiques induisent une modification de la personnalité», relève le Dr Jacques Ducrocq, spécialiste en psychotraumatologie au CHU de Lille.

Le processus est défini par deux critères: la durée et la perception subjective de la privation de liberté et la menace vitale. Otage en Libye, Rachid Hamdani est libre. «Il y a l’avant, le pendant et l’après. C’est pendant la privation de liberté que tout se joue, une période d’adaptation morbide. Apprécier par exemple son ravisseur participe du fait d’apprivoiser ses propres angoisses.

Au moment de la sortie, il n’y a plus privation, le cadre s’ouvre et les contradictions émergent», précise le Dr Rafik Benharrats, psychiatre, responsable de l’Unité urgences et crise du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne. Mais la liberté est toute relative. «Elle est physique, pas mentale», dit le Dr Benharrats.

«Je pense que Rachid Hamdani, à considérer comme un otage car privé de liberté et de perspective de sortie, ne sera pas libre tant que son comparse Max Göldi ne sera pas rentré. Il doit culpabiliser d’être le premier». Les ex-otages réagissent de deux manières. Certains prennent conscience qu’ils ont changé, d'autres restent sur l’événement. La relation aux proches est modifiée. «Dans le cas Betancourt, le mari retrouve ses mécanismes, elle non, à cause de sa privation. Ils sont dissociés», résume le Dr Benharrats.

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