Au Luxembourg – «Personne n'est heureux d'être violent»

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Au Luxembourg«Personne n'est heureux d'être violent»

LUXEMBOURG - Le service Riicht Eraus de la Croix-Rouge prend en charge les auteurs de violences domestiques qu'il faut «écouter» pour que cesse le fléau.

«Submergés, certains ne voient pas d'autre moyen que la violence pour stopper un conflit».

«Submergés, certains ne voient pas d'autre moyen que la violence pour stopper un conflit».

«Si on donne la parole aux victimes - et il faut bien sûr le faire - il faut aussi écouter les auteurs de violences». Alors que se termine l'Orange Week ce vendredi, Daniela Cabete, psychologue depuis 11 ans au service Riicht Eraus de la Croix-Rouge, tient à ce que la problématique soit appréhendée dans sa globalité.

Elle a vu défiler de nombreux auteurs de violence domestique dans son bureau. En 2020, le service qui les prend en charge a assuré près de 3 000 rendez-vous et suivi 465 individus, «de tout âge, de tout milieu, de toute religion, il n'y a pas de profil type». Les hommes sont tout de même ultramajoritaires (90%).

«La violence est inhérente à l'être humain et tout le monde peut se retrouver dans une situation intense émotionnellement», indique-t-elle. Le profil de l'individu violent relève ainsi rarement de la psychopathie ou de la sociopathie. «Submergés, certains ne voient pas d'autre moyen que la violence pour stopper un conflit», qui, selon son expérience, «couve et monte crescendo depuis un moment». C'est malheureusement la «partie visible de l'iceberg», parce que selon elle, «on banalise trop souvent les insultes et les cris, qui sont déjà une forme de violence».

«Handicapé des sentiments»

Elle «condamne évidemment cette violence» et cherche à ce que l'auteur reconnaisse d'abord sa responsabilité «avant d'entamer un travail plus profond pour que cela ne se reproduise plus». Un travail sur soi qui nécessite du temps - «une seule séance ne suffit pas» - et un investissement personnel, «sans la volonté de l'individu à changer, je ne peux malheureusement rien faire». C'est toutefois elle qui décide le nombre de séances nécessaires et si l'individu cesse de venir aux rendez-vous, elle se doit de le signaler. Chose qu'elle fait également quand elle sent «un danger imminent».

Il lui faut se constituer petit à petit une boîte à outils qui permet de canaliser la montée de cette violence et d'y répondre différemment parce que «personne n'est heureux d'être violent». «Un jour, un patient m'a dit qu'il était un handicapé des sentiments et c'est assez bien résumé». Pour la psychologue, l'éducation a évidemment un rôle à jouer. «Il faut que les parents apprennent à leurs enfants à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent». Elle regrette qu'on continue de «véhiculer les stéréotypes selon lesquels un garçon doit être fort, ne pas pleurer, ne pas avoir peur». Et de conclure: «Personne n'est heureux d'être violent».

Contraints

«Peu de gens viennent de leur propre initiative», note la psychologue. C'est donc sous la contrainte de la loi que les auteurs se présentent.

Ainsi, tout auteur de violence domestique expulsé de son foyer par la police doit se présenter dans un délai de 14 jours à Riicht Eraus pour prendre rendez-vous, selon la loi de 2013.

Pour les auteurs avertis ou sanctionnés par la justice, le passage par le service fait partie de la peine. «S'il ne se présente pas, je fais un signalement au parquet ou au Service central d'assistance sociale (SCAS)».

(Marion Chevrier/L'essentiel)

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