Pour la défense, c'est un «crime d'amour»

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Pour la défense, c'est un «crime d'amour»

L'expertise psychiatrique de la maîtresse d'Édouard Stern, qui l'a tué en février 2005 en Suisse lors d'ébats sado-maso et dont le procès se déroule en ce moment, a apporté de l'eau au moulin à ses avocats.

Dans le procès du banquier Stern, les avocats ont décrit un "crime d'amour" commis par une personnalité "borderline". "Le comportement de Cécile Brossard au moment du meurtre correspond à ce qui est décrit dans la littérature scientifique comme un crime d'amour", a exposé le Pr Jacques Gasser au deuxième jour du procès de la Française devant la Cour d'assises de Genève. Ce "point de vue est purement psychiatrique. Je n'ai pas fait ce diagnostic au sens pénal. Je ne me prononce pas sur ce point", a cependant insisté le Pr Gasser.

La Défense plaide en termes juridiques pour "un crime passionnel" passible, selon le droit genevois, d'une peine de dix ans de prison, soit moitié moins que pour un meurtre. La partie civile et l'accusation défendent cette dernière thèse sans toutefois avoir retenu la préméditation. Pour l'expert psychiatrique, Cécile Brossard croit "que le fait de tuer quelqu'un permet d'avoir une relation éternelle avec cette personne".

Contexte familial difficile

"Elle parle des 'coucous' d'Edouard (Stern). C'est assez glaçant: pour elle, c'est une sorte de victoire, elle garde une relation avec lui au-delà de la mort, éternellement", a-t-il exposé. L'accusée, aujourd'hui âgée de 40 ans, a "une personnalité borderline (limite, ndlr) depuis l'enfance avec un QI (quotient intellectuel) de 80, à la limite inférieure de la norme", a indiqué l'expert, qui a évoqué une "diminution de la responsabilité, au maximum légère".

Cécile Brossard a eu "une enfance plutôt malheureuse" avec des parents très tôt séparés. Sa mère, dépressive et suicidaire a même tenté de l'entraîner avec elle dans la mort, le père avait une sexualité exhibitionniste, aurait pratiqué des attouchements sur sa fille et elle a été violée par un oncle maternel, a-t-il rappelé.

Face à sa haine

Du fait du profil psychologique de l'accusée, "pour elle, l'abandon et la solitude sont beaucoup plus difficiles à vivre que pour les autres personnes". Jusqu'au jour du meurtre, elle était dans "le déni": elle ne voulait pas voir que la rupture était inéluctable en dépit des nombreux avertissements de son amant, a expliqué l'expert. "Le déni, a expliqué le Pr Gasser, les mécanismes de défense de Mme Brossard ont tenu jusqu'au 28 février", le soir où elle abat de quatre balles de revolver Edouard Stern, revêtu d'une combinaison en latex pour des ébats sado-masochistes.

"Soudainement, elle comprend que c'est fini, qu'elle ne peut plus nier une certaine réalité. Elle se retrouve face à sa haine, qu'elle n'a pas pu exprimer jusqu'à ce moment. C'est une des caractéristiques des crimes dits 'd'amour' que les défenses tombent tout à coup et reviennent ensuite très vite", a exposé le psychiatre. La Cour doit entendre dans l'après-midi des amis du banquier, un des hommes les plus riches de France et familier du Gotha, ainsi que de l'accusée.

lessentiel.lu avec AFP

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