Décryptage – «Pourquoi j'échappe au Covid malgré un proche infecté?»

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Décryptage«Pourquoi j'échappe au Covid malgré un proche infecté?»

LUXEMBOURG - Malgré l'exposition constante au virus, certains ne sont pas contaminés. Un coup de chance? Le Dr Nguyen avance plusieurs hypothèses pour «L'essentiel».

Les gestes barrières ne sont pas à négliger.

Les gestes barrières ne sont pas à négliger.

Pexels/Illustration

Alors que le Covid est entré dans nos vies depuis bientôt deux ans, nombreux sont ceux à être passés entre les mailles du filet et à n'avoir jamais contracté l'infection virale. Certains y ont même échappé alors qu'ils vivaient avec un proche contaminé. Pourquoi? Une interrogation d'actualité étant donné la forte contagion du variant Omicron. Le Dr Trung Nguyen Nguyen, virologue au Laboratoire national de Santé (LNS), nous apporte plusieurs éléments de réponse.

1. La proximité

Que l'on vive dans un appartement ou une maison, l'espace a une réelle incidence sur les possibles contaminations. «Si on réside dans cet espace réduit avec un proche infecté, la concentration du virus est plus élevée, mais surtout, il y aura moins de possibilités de s'isoler et donc plus de risques de contamination», précise le médecin. À l'inverse, un espace plus vaste protégera davantage contre le risque de transmission.

La composition de la famille peut également influer sur la contamination intrafamiliale. En effet, la durée des contacts et la proximité entre les individus dans une même famille peuvent varier selon les âges. «Par exemple, les jeunes enfants ont besoin de plus d'attention et de contacts, contrairement aux adolescents, qui ont tendance à rester le plus souvent dans leur chambre». Pour le biologiste, en revanche, «la transmission entre les conjoints est presque systématique» étant donné leurs contacts physiques.

2. Mesures individuelles

Évidemment, il y a ceux qui restent cloitrés chez eux sans voir personne et ceux qui continuent de sortir. Quoi qu'il en soit, les précautions prises par chacun restent «efficaces», assure le praticien. «Ceux qui se lavent plus les mains, aèrent les pièces, qui désinfectent les objets» seront moins à risque. Même si ces habitudes se perdent au fur et à mesure que l'épidémie perdure, elles ne sont pas à négliger, selon le médecin. «Avec l'arrivée du vaccin, les gens ont moins peur de la maladie et banalisent un peu les gestes barrières, admet le virologue. C'est aussi une des raisons de la transmission rapide d'Omicron».

3. Une bonne génétique

Une autre explication peut venir de l'immunité acquise, des facteurs que l'on a dès la naissance. Par exemple, lorsqu'on est en contact avec le virus, une réponse de notre corps pourra arriver entre dix jours et trois semaines après. À la deuxième fois, le corps fabriquera des anticorps et développera une réponse immunitaire, qui pourra également être appuyée par un vaccin.

L'ADN peut être lié lui aussi à une bonne résistance face au virus. Certains sont dotés de plus de «récepteurs» dans le corps, les virus y rentrent plus rapidement. «C'est comme si le corps de certains avait plusieurs portes d'entrée, d'autres n'en ont qu'une, et se protègent plus efficacement contre les microbes». Certains se révèlent donc plus à risque que d'autres. «Nous ne sommes pas tous égaux face à l’infection, reconnait le Dr Nguyen. Les facteurs de transmissibilité, d’aggravation de la maladie ou de risques de décès sont multiples (âge, sexe, ou encore l'état de santé)».


Le rhume et certains groupes sanguins, des barrières?

Plusieurs études récentes ont formulé d'autres hypothèses. Selon des chercheurs de l’Imperial College de Londres, avoir un rhume pourrait empêcher une contamination au Covid-19. Pour le Dr Nguyen, cette possibilité pourrait bien s'avérer réaliste. «Quand on a un rhume, avec un écoulement nasal important, les virus sont piégés dans le mucus, sont rejetés par la voie nasale et donc ils ne peuvent pas entrer dans le corps».

D'autres scientifiques ont conforté l’idée selon laquelle les personnes d'un groupe sanguin étaient moins vulnérables face au virus. Selon l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), le groupe sanguin O serait relativement épargné de l’infection et des formes graves de la maladie. Un lien de causalité reste encore à établir. Cependant, il ne s'agit que d'hypothèses, insiste le médecin, le fait de ne pas être infecté malgré une exposition au Covid peut être lié à d'autres paramètres. «Quand on a un accident de voiture, plusieurs données doivent être étudiées: était-ce lié aux pneus, à l'état de la route ou au conducteur?», conclut le Dr Nguyen. Pour autant, aucune immunité n'est absolue, et les gestes barrières restent indispensables pour lutter contre la propagation de l'épidémie.

(Marine Meunier/L'essentiel)

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