Ecosse/ Royaume-Uni – Quelle suite après le référendum?

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Écosse/ Royaume-UniQuelle suite après le référendum?

Les Écossais ont refusé l'indépendance lors d'un vote historique marqué par une participation massive à hauteur de l'enjeu. Une victoire pour Cameron, même s'il ne sort pas indemne.

S'il a évité l'humiliation suprême et une possible démission avec le non à l'indépendance écossaise, David Cameron ne sort pas indemne pour autant d'une campagne où il a brillé par sa maladresse et fait beaucoup trop de promesses selon son propre camp. Le Royaume-Uni est sauf, l'Union Jack préservé et la reine sans doute rassurée. Mais le soulagement pourrait être de courte durée pour le Premier ministre britannique qui, après avoir joué avec le feu, voit déjà d'autres nuages s'amonceler à l'horizon. Le référendum écossais a en effet été suivi de près en Angleterre, au pays de Galles, en Irlande du nord, mais aussi dans des métropoles comme Manchester et Liverpool, où certains élus rêvent eux aussi d'une autonomie accrue. Le score des indépendantistes écossais (44,7%) et les concessions arrachées aux trois grands partis britanniques sur le transfert de pouvoirs supplémentaires vers Édimbourg n'y sont évidemment pas passés inaperçus.

«Ce qu'on offre à l'Écosse, le pays de Galles y a droit aussi. Il est hors de question que le pays de Galles soit traité comme une nation de deuxième classe par rapport à l'Écosse», a ainsi indiqué dès vendredi, à l'aube, Leanne Wood, leader du parti national gallois. «L'Angleterre doit avoir un Parlement anglais. Le temps d'un Royaume-Uni fédéral est venu», a insisté le député conservateur anglais, Andrew Percy. Des appels apparemment entendus par David Cameron qui, lors de son intervention télévisée, s'est employé à déminer le terrain.

Un plan mal ficelé

«Au moment où les Écossais vont avoir davantage de pouvoirs sur la gestion de leurs affaires, ceci va également s'étendre aux habitants d'Angleterre, du pays de Galles et d'Irlande du Nord qui doivent avoir aussi davantage leur mot à dire sur les leurs», a-t-il dit, dans un engagement inédit envers les trois autres régions du Royaume-Uni. Cette annonce sert aussi à calmer la grogne qui commençait à monter dans son propre camp et qui menaçait de tourner à la révolte. Même après le résultat, beaucoup de députés conservateurs continuent à reprocher à leur leader sa gestion calamiteuse du référendum écossais. D'en avoir accepté la tenue, la date et les termes. D'avoir longtemps pensé qu'il était impossible de le perdre et d'avoir agi en conséquence. Avant de paniquer face à la montée du oui dans les sondages et de promettre la lune à des Écossais qui n'en demandaient pas tant.

Lorsque, une semaine avant le référendum, le Premier ministre est monté dans le nord, en compagnie des leaders des deux autres grands partis, pour promettre de nouveaux transferts de compétence à Édimbourg, plusieurs députés ont aussitôt demandé: «Et l'Angleterre alors?» «Le nouveau plan a été conçu dans la panique lorsque les sondages ont montré un rapprochement du oui. Il est mal ficelé du début à la fin. Je ne suis pas prêt à signer un chèque en blanc à l'Écosse avec l'argent de mes électeurs», a notamment menacé le député conservateur Philip Davies.

Des discussions compliquées

Et de renvoyer au fait que l’Écosse reçoit déjà 10 100 livres par tête d'habitant du Trésor britannique, soit 16% de plus que l'Angleterre. D'autres ont demandé pourquoi les 59 députés écossais siégeant à Westminster auraient le droit de vote sur des sujets qui concernent la seule Angleterre? La question avait été posée dès 1977 par Tam Dalyell, député du West Lothian. Maintenant que le Parlement écossais doit pouvoir fixer lui-même le barème de ses impôts, elle est plus que jamais d'actualité. Mais les discussions s'annoncent compliquées entre les trois grands partis britanniques qui, après avoir joué l'union sacrée, vont de nouveau opposer leurs différences, à quelques mois des élections générales où David Cameron entend toujours briguer un deuxième mandat, en mai 2015. Avec le non, le Premier ministre «échappe au pire», selon Andrew Blick, professeur en politique au King's College de Londres.

«Mais, ajoute-t-il, les engagements pris par les leaders de Westminster vont entraîner un changement profond qui pourrait mener jusqu'à l'élaboration d'une constitution écrite pour un Royaume-Uni fédéral». Ce serait une première et une révolution, engendrée par un référendum en Écosse, dont David Cameron a sans doute sous-estimé le danger et l'influence au moment de l'accepter.

(L'essentiel/ afp/ats)

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