Débat au Luxembourg - «Réduire le temps de travail serait un grand changement sociétal»

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Débat au Luxembourg«Réduire le temps de travail serait un grand changement sociétal»

LUXEMBOURG – Georges Engel, ministre du Travail, défend une réduction du temps de travail. Avec des arguments davantage sociétaux qu’économiques.

par
Joseph Gaulier
Le ministre du Travail, Georges Engel.

Le ministre du Travail, Georges Engel.

«Certains défendent une réorganisation du temps de travail. Je préfère évoquer une réduction», lance Georges Engel, interrogé par L’essentiel sur sa dernière proposition phare. «Je n’ai pas entamé la discussion, mais la discussion est venue vers moi», glisse le ministre de Travail, en référence à l’accord signé en Belgique, qui permet de travailler 10h par jour de manière à effectuer une semaine de travail sur quatre jours.

D’après le nouveau ministre, «réduire le temps de travail constituerait un plus grand changement sociétal». Car des journées régulières de 10h «pourraient constituer un risque pour certains métiers physiques, par exemple pour ceux qui travaillent sur un toit», tandis que «travailler 10h par jour, soit des journées de 13h en comptant le trajet et le repas, revient à perdre quatre jours pour en gagner un, lorsque les enfants sont à l’école. Ce n’est pas une avancée sociale». Son but est avant tout de «mieux concilier vie privée et vie professionnelle». «Les patrons veulent toujours plus de flexibilité. Pourquoi pas, mais cela doit aller de pair avec des avantages pour les salariés», lance-t-il encore. Le socialiste n’avance pas d’objectif précis en termes de nombre d’heures prestées, renvoyant vers le dialogue social.

En conformité avec le programme de coalition

«Il n’y a pas encore eu de vraies discussions sur le sujet», explique Georges Engel. Il reconnaît qu’il existe «des réticences, parfois avec de vrais arguments». Par exemple «le fait que l’on manque déjà de main-d’œuvre qualifiée dans certains secteurs. Si l’on réduit le temps de travail, nous en manquerons encore plus». Le ministre ne met d’ailleurs pas tellement en avant les arguments économiques. Partager le travail «pourrait avoir un effet bénéfique par rapport au taux de chômage, mais celui-ci est actuellement très bas à 4,9%, proche du plein emploi», reconnaît-il.

Au niveau politique, Georges Engel dit s’en tenir «au programme de coalition». Ce dernier pointe la nécessité «d’autres formes d’organisation du travail, qui ont un impact sur le temps de travail». Le ministre reconnaît que la réduction du temps de travail n’a pas encore été abordée au niveau du gouvernement. Pour convaincre ses partenaires libéraux et écologistes, «c’est l’argumentaire qui sera le plus important». «Je ne sais pas si c’est encore faisable d’ici fin 2023», avant les prochaines élections, dit-il. Alors que les 35 heures en France sont parfois critiquées, le ministre explique ne pas vouloir copier un modèle étranger: «Si l’on trouve un accord, il sera lié au modèle luxembourgeois. C’est une question de mentalité, de structures».

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