Révolte en Iran: «Être féministe et pour le voile est incompatible»

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Révolte en Iran«Être féministe et pour le voile est incompatible»

LUXEMBOURG/TÉHÉRAN – Shahmira G., réfugiée iranienne au Luxembourg, soutient avec «fierté et espoir» la révolte des femmes dans son pays, tout en révélant la difficulté de mobiliser la diaspora au Grand-Duché.

par
Thomas Holzer
Une première manifestation a eu lieu mardi place Clairefontaine.

Une première manifestation a eu lieu mardi place Clairefontaine.

Editpress

«Quand la révolte intervient, ce sont toujours les femmes qui se retrouvent sous pression et en première ligne». 18 ans après avoir quitté l'Iran pour se réfugier au Luxembourg, Shahmira G. observe avec émotion et «fierté» le soulèvement des femmes iraniennes contre le régime des mollahs. Avec l'espoir aussi que ses jeunes compatriotes fassent tomber «cette dictature religieuse brutale», plus de 43 ans après la révolution islamique.

«Jusqu'ici, les mouvements de protestation avaient toujours été manipulés par les réformateurs ou par des personnes d'autres pays. Cette fois, c'est le peuple qui a déclenché la contestation, suite à la mort d'une femme innocente (NDLR: Mahsa Amini, 22 ans, est décédée entre les mains de la police des mœurs. Elle avait été arrêtée car son voile ne cachait pas assez ses cheveux)».

«La peur est toujours là»

Shahmira G.

De Téhéran aux autres grandes villes du pays, le souffle d'une nouvelle révolution n'a jamais été aussi prégnant, estime Shahmira, qui déplore la mort de celles et ceux qui sont tombés sous les balles des forces de l'ordre lors des protestations, tout en jugeant «ces sacrifices» inévitables. Elle le sait, ses proches en ont payé le prix.

«La peur est toujours là, surtout pour les familles comme la mienne qui ont subi les foudres de ce régime. Nous avons perdu un être cher, notre vie a été bouleversée. J'ai toujours la haine contre ce gouvernement qui m'a obligée à quitter mon pays». Depuis le déclenchement des manifestations, la femme de 56 ans, son mari et ses deux enfants tentent d'obtenir des nouvelles de ceux qui sont restés. «Mais la communication est difficile avec des problèmes d'Internet et plusieurs réseaux sociaux coupés».

Même à 5 000 km de la capitale iranienne, sa famille poursuit la lutte, plus dans les pays voisins (Belgique, Allemagne) qu'au Luxembourg d'ailleurs, où la diaspora iranienne, composée d'environ 600 personnes d'après les derniers chiffres du Statec, est très hétéroclite sur le plan politique: «Il est difficile de mobiliser les Iraniens du Luxembourg, entre ceux qui travaillent encore avec le gouvernement et les personnes pro-chah (NDLR: le régime impérial du chah d'Iran est tombé au moment de la révolution islamique). Sans oublier les moudjahidines qui ne sont pas une alternative non plus (NDLR: L'Organisation des moudjahidines du peuple iranien figurait sur la liste noire de l'UE des mouvements terroristes de 2002 à 2009)».

Une manifestation jeudi dans la capitale

Shahmira souligne également sa différence avec les mouvements féministes qui défendent le port du voile en Occident tout en soutenant les manifestantes en Iran: «Être féministe et pour le hijab est incompatible. Défendre les droits fondamentaux des femmes entre en contradiction avec les lois islamiques», estime-t-elle.

Un sujet qui anime le débat sociétal en Europe, pendant que les rues de Téhéran s'enflamment. Plus de 75 personnes ont perdu la vie selon l'ONG basée à Oslo Iran Human Rights (IHR). La voix posée, mais le discours ferme, Shahmira sait que de l'aboutissement de ce mouvement dépendra la possibilité qu'elle revoie un jour sa terre natale. Presque deux décennies après l'avoir quittée…

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