Diplomatie américaine – Richard Holbrooke est décédé

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Diplomatie américaineRichard Holbrooke est décédé

Le diplomate américain Richard Holbrooke est mort lundi soir, trois jours après avoir souffert d'une crise cardiaque.

A droite, Richard Holbrooke se tient à côté d'Ibrahim Rugova, leader des Albanais du Kosovo en octobre 1998.

A droite, Richard Holbrooke se tient à côté d'Ibrahim Rugova, leader des Albanais du Kosovo en octobre 1998.

Richard Holbrooke était l'émissaire de Barack Obama pour l'Afghanistan et le Pakistan et avait été l'artisan de la paix en Bosnie en 1995.

Âgé de 69 ans, Richard Holbrooke avait été hospitalisé en urgence pour une déchirure de l'aorte vendredi à Washington. Il avait subi deux longues opérations durant le week-end et son état était demeuré très critique.

«L'Amérique a perdu ce soir l'un de ses défenseurs les plus farouches et l'un de ses serviteurs les plus dévoués», a déclaré la secrétaire d'Etat Hillary Clinton dans un communiqué où elle se décrit en «amie, collègue et confidente».

Diplomate infatigable

Le président Barack Obama a de son côté rendu hommage à une «figure unique» et un «véritable géant de la politique américaine». Richard Holbrook laissera le souvenir «de sa diplomatie infatigable, de son amour du pays et de sa quête de la paix», a-t-il écrit dans un communiqué, insistant notamment sur son rôle dans les accords de Dayton.

Barack Obama lui avait confié en janvier 2009 à son arrivée à la Maison Blanche la tâche difficile de représenter la diplomatie américaine en Afghanistan et au Pakistan, dans une région où les États-Unis mènent depuis 2001 une guerre contre les talibans.

Le président doit d'ailleurs s'exprimer jeudi sur ces deux pays, à l'occasion de la remise d'un rapport d'étape qui devrait évoquer des «progrès», un an après l'annonce de sa nouvelle stratégie dans cette région.

La carrière diplomatique de Richard Holbrooke s'est étendue sur près de 50 ans, du Vietnam en guerre à «l'AfPak», avec des détours tout aussi couronnés de succès par le monde de la banque, quand les républicains remplaçaient au pouvoir les démocrates.

«Bulldozer» de la diplomatie

En 1995, le président Bill Clinton le nomme secrétaire d'État-adjoint chargé de l'Europe. Une casquette sous laquelle il sera l'artisan des accords de Dayton, qui ont mis fin à 43 mois de guerre en Bosnie et lui ont valu la réputation de «bulldozer» de la diplomatie.

Pour négocier ce qui est, aujourd'hui encore, considéré comme l'un des plus grands succès de la diplomatie américaine, Richard Holbrooke entreprendra plusieurs voyages en ex-Yougoslavie. Il n'hésite pas à parler durement à Slobodan Milosevic, l'homme fort de Belgrade.

«C'était le diplomate par excellence, capable d'affronter les dictateurs et de se dresser pour les intérêts de l'Amérique dans les circonstances les plus difficiles», a écrit lundi soir Hillary Clinton.

Une part de comédie

Grand et altier, le regard vif, les gestes amples, le verbe haut et précis, Richard Holbrooke était taillé pour la part de comédie allant avec son métier. Loin de l'image compassée de ses pairs diplomates, il misait tour à tour sur le charme et les colères plus ou moins feintes. Il savait aussi être bavard, parlant volontiers aux journalistes, dont il savourait inlassablement l'attention.

Mais cette personnalité solaire ne craignait pas de se faire ombrageuse. Affronter ses interlocuteurs pour les faire plier avait été sa méthode en ex-Yougoslavie. Avec le président afghan Hamid Karzaï, Richard Holbrooke a eu au moins une dispute très vive en 2009, largement rapportée dans les médias malgré les démentis.

Au cours de sa longue carrière entamée à la fin des années 1960, Holbrooke avait également été ambassadeur des États-Unis en Allemagne et auprès des Nations unies.

L'hebdomadaire Time l'avait naguère présenté comme «le tacticien le plus coriace de la diplomatie américaine» et comme «le diplomate de la dernière chance». Richard Holbrooke avait également été à sept reprises en lice pour le prix Nobel de la paix.

(L'essentiel Online/AFP)

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