Rokia: «L'Afrique s'est trop reposée sur ses acquis»

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Rokia: «L'Afrique s'est trop reposée sur ses acquis»

HOLLERICH - Rokia Traoré, récompensée aux dernières Victoires de la musique, est sans doute la plus atypique des chanteuses folk du Mali. Intégrité et équilibre sont ses mots d'ordre. Ici, l'entretien avant le concert.

L'essentiel: Quelle est la signification du titre de votre album, «Tchamantché»?

Rokia Traoré: Il signifie «équilibre». Dans ce monde qui change, l'équilibre est une recherche perpétuelle.

C'est contraire à ce que disent certaines pubs selon lesquelles l'équilibre se trouverait au fond d'un pot de yaourt...

Chose qui est complètement fausse. Si c'était le cas, on n'aurait pas de nouveaux produits qui envahissent le marché coup sur coup et qui annulent les mérites des produits précédents. L'équilibre, on ne peut jamais l'atteindre, au même titre que la perfection.

Dans votre album et sur scène, vous chantez en bamanan, dialect du Mali. Que cherchez-vous à transmettre au public qui vient vous voir et qui ne comprend pas les paroles?

Le son des mots. Le bamanan est une langue très chantante que j'ai moi-même dû apprivoiser à ma façon, étant donné que je n'ai pas de formation traditionnelle.

Vous avez un pied à Bamako, l'autre à Paris. Avez vous ressenti le choc des deux cultures?

De manière générale, les Africains le ressentent tous plus ou moins. L'Afrique s'est trop reposée sur ses acquis. Elle sait qu'elle a été convoitée pour sa culture et ses ressources. Il y a donc chez nous un sentiment de fierté, mais il reste en nous aussi des traces de la colonisation qui fait qu'on cherche à émuler l'Occident. Tout cela nous rend extrêmement complexe.

Vous associez vos chansons et vos sentiments à des couleurs. Et si vous deviez donner une couleur à l'amour?

Il serait de couleur bleue. Sans hésiter. Le bleu est une couleur apaisante qui symbolise la sérénité, l'entente.

Recueilli par kwt

Le LCTO présente Rokia Traoré,
mercredi soir, à 20 h, à l'Atelier.

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