Affaire «LuxLeaks» – «S'il le fallait, Antoine Deltour recommencerait»

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Affaire «LuxLeaks»«S'il le fallait, Antoine Deltour recommencerait»

LUXEMBOURG - Le procès d'Antoine Deltour à l'origine de LuxLeaks débute le 26 avril. Son avocat luxembourgeois nous répond.

Les révélations d'Antoine Deltour ont secoué le Grand-Duché.

Les révélations d'Antoine Deltour ont secoué le Grand-Duché.

Editpress/Fabrizio Pizzolante

L'essentiel: Dans quel état d'esprit se trouve Antoine Deltour avant son procès?

Me Philippe Penning: Antoine Deltour ne regrette rien. Son amertume s'est dissipée avec l’impact immense de son geste et les avancées politiques qui s’en sont suivies. Il a agi, mu par sa seule conscience, de façon totalement désintéressée. Il est contrarié en revanche que le Luxembourg, PwC et quelques entreprises aient été sévèrement mis en cause alors que les pratiques révélées sont systémiques. Antoine Deltour n’a jamais voulu que les noms du cabinet d’audit et de ses clients soient mis sur la place publique.

Avec le recul, changerait-il d'attitude?

Il estime qu'il recommencerait probablement compte tenu de l’impact déterminant que ces révélations ont eu sur le débat public et l’avenir de la fiscalité des entreprises en Europe. Et ce malgré les conséquences personnelles et professionnelles que cela a eu, ainsi qu’au vu de la situation extrêmement difficile à gérer pour lui et ses proches.

Qu'attendez-vous du procès?

Un jugement en cohérence avec la condamnation quasi unanime de «pratiques fiscales inacceptables» et avec la volonté affichée d’une plus grande transparence.

Seize mois après le lancement de cette affaire, les pratiques ont-elles évolué?

Au Luxembourg, on entend que c’est en train de s’institutionnaliser. Ce serait une commission de cinq personnes qui en aurait la charge. À l’international, si l’échange automatique des tax rulings devrait réduire considérablement leur caractère potentiellement dommageable, le contexte qui a conduit aux pratiques les plus nuisibles n’a pas pour autant changé.

Recueilli par Gaël Padiou

Ancien auditeur du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), Antoine Deltour, 34 ans, est soupçonné d’être à l’origine de l'affaire LuxLeaks, en l’occurrence la divulgation de centaines d’accords permettant aux multinationales de pratiquer l’évasion fiscale. L’affaire a éclaté en novembre 2014, lorsque Jean-Claude Juncker, ex-Premier ministre, prenait ses fonctions de président de la Commission européenne.

Antoine Deltour a été mis en examen par la justice luxembourgeoise pour «violation du secret des affaires». Son procès débutera le mardi 26 avril avec cinq audiences devant la 12e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement du Grand-Duché.

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