Quel avenir pour Luxair?: «Sans moderniser, garder ce modèle social sera difficile»

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Quel avenir pour Luxair?«Sans moderniser, garder ce modèle social sera difficile»

LUXEMBOURG – Après la tripartite et l'annonce de la levée, en janvier prochain, du plan pour répondre au Covid, Gilles Feith, CEO de Luxair, livre sa vision de l'avenir.

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Recueilli par Nicolas Martin

- «L'essentiel»: Quel bilan tirez-vous de la tripartite?

Gilles Feith: Nous avons fait le constat que Luxair a su mener à bien la sortie de crise Covid. La situation au Luxembourg est bien meilleure que dans beaucoup d’aéroports, autour, en Europe. Toutes les mesures prises, dont le gel des salaires, peuvent s’arrêter au 1er janvier 2023.

- Face à la concurrence, une compagnie comme Luxair pourra-t-elle toujours offrir à l’avenir les mêmes conditions sociales qu'avant?

C’est notre plus grand défi. Je fais tout pour préserver ce modèle. C’est pourquoi il faut faire plus, voler plus, trouver des efficiences, des niches dans tout ce qu’on fait. Si on ne peut pas moderniser la flotte et nos processus, cela va être très difficile de garder ce modèle.

- Faudra-t-il sacrifier des acquis des salariés?

Même dans la situation du Covid nous n’avons pas touché à la convention collective. Je pense que si on arrive à faire les modernisations qui s’imposent, on peut soutenir ce modèle. Mais il faut savoir qu’avec l’indexation, même si je la salue, mes coûts salariaux augmentent alors que ce n’est pas le cas ou dans une moindre mesure, chez la concurrence, surtout low-cost. La fourchette des coûts et recettes potentielles s’écarte de plus en plus. Chez Luxair on estime que 80% d’une indexation ne peut pas être récupérée sur les frais de ticket.

- Quels sont les axes de modernisation?

On a des chantiers pour moderniser notre flotte (entre 500 millions et un milliard d'euros), investir, digitaliser et automatiser le cargo, donner des meilleurs services informatiques pour la compagnie, LuxairTours et autres... On doit avoir plus de destinations et plus de vols en hiver, ce qui permet de mieux répartir la production sur l’année…

- Quel regard portez-vous sur le dialogue social chez Luxair et son évolution avec la pandémie?

Je suis très content qu’une médiation ait été instaurée, car il y a des doléances de part et d’autre. C’était une très bonne décision.

- Avez-vous une responsabilité dans le fait qu’il s’est dégradé selon des salariés?

Non, on ne peut pas penser, même si certains le croient, qu’une personne à elle seule puisse gérer une entreprise de 3 000 personnes. C’est une équipe. Comme management nous déplorons aussi de ne pas avoir pu avancer sur certains points.

- Qu’en est-il de la charge de travail?

Il y a une différence entre le perçu et le mesurable. Par exemple, sur beaucoup d’activités cette charge est encore moins élevée qu’en 2019. Alors que l’absentéisme est haut. Il était haut quand la charge de travail était élevée et aussi quand elle était basse. Il faut donc voir ce que la reprise d’activité a provoqué. Car il est clair qu’avec une production comme on l’a eue en 2021, on ne peut pas maintenir ce modèle social qui nous est cher. On a perdu opérationnellement 30 millions d’euros. Et cette année on va être peut-être tout juste à zéro.

- Comment analysez-vous l’absentéisme?

Dans certains services il a atteint 12% du personnel, soit le double d’une année classique. On n'a pas planifié plus de vols cette année qu’en 2019 mais à cause, par exemple, d’un absentéisme assez haut, les gens qui étaient là on dû travailler plus. Je suis content qu’on ait des gens motivés qui ont su tenir et éviter le chaos qu’il y a eu dans l’aviation générale en Europe.

- Quel impact a la crise de l’énergie sur Luxair?

Il est considérable comme dans toutes les entreprises On voit dans tout ce qu’on achète, par exemple les hôtels pour LuxairTours, des augmentations qui atteignent dans certains pays 20 à 25% et 5 ou 10% dans d’autres. Pour le kérosène et l’énergie, Luxair doit faire face à des augmentations qui peuvent aussi aller jusqu’à 20%. Nous achetons le fuel à l’avance. L’effet complet des hausses des prix des carburants n'est pas encore complètement dans les tickets. Luxair n’augmentera pas a posteriori les prix des tickets donc il faut réserver très tôt.

- À quoi ressemblera Luxair dans une dizaine d’années? Y aura-t-il moins de salariés?

Je ne pense pas qu’avec moins de monde on puisse faire plus. Et si Luxair veut survivre à terme, elle doit garder une capacité d’autofinancement correcte. On ne peut pas espérer que l’État ou le contribuable nous aide. C’est pourquoi Luxair doit grandir, évoluer, pour pouvoir mieux diviser les coûts fixes.

- Faudra-t-il réduire la qualité de service?

Luxair est une compagnie de qualité et va garder cette qualité sans laquelle elle ne peut pas survivre à mon avis. Nos voyageurs sont contents d’avoir leur campari, ou leur crémant, quand ils vont en vacances. On va garder ce modèle car ce n’est pas là qu’on va sauver le coup. Je fais un appel aux gens pour agir en consommateurs responsables. Si ces mêmes gens soutiennent les modèles qui nuisent au modèle social du Luxembourg, il ne peut pas être tenu.

- Quel serait votre rôle dans cette mutation?

Je suis quelqu’un de très motivé et ''orienté résultats''. Je suis là pour faire revoler cette compagnie et faire voler Luxair, ce qui me tient à cœur en tant que Luxembourgeois. Je suis là pour aider à cela.

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