Traité de Schengen – Sarkozy irrite les capitales européennes

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Traité de SchengenSarkozy irrite les capitales européennes

LUXEMBOURG - La France va réclamer jeudi la possibilité de fermer les frontières nationales en cas de forte pression migratoire. Une demande qui embarrasse ses partenaires européens.

La demande de Paris de rétablir des contrôles aux frontières nationales pendant un mois fait planer un sentiment de malaise au sein des partenaires européens.

La demande de Paris de rétablir des contrôles aux frontières nationales pendant un mois fait planer un sentiment de malaise au sein des partenaires européens.

AFP

Lancé à la conquête des suffrages de l'extrême droite, le chef de l’État français, Nicolas Sarkozy, presse ses partenaires de l'UE d'accepter la possibilité de rétablir des contrôles aux frontières nationales pendant un mois en cas de défaillance à une frontière extérieure de l'espace Schengen et de prolonger cette mesure si nécessaire. Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, comptait défendre cette position jeudi lors d'une réunion avec ses homologues de l'UE à Luxembourg.

Mais les premières réactions sont assez froides. La ministre belge Joëlle Milquet a mis les pieds dans le plat à son arrivée. «Ça n'a rien de neuf et je pense que les agendas électoraux me semblent plus importants que le fond des dossiers qui existent depuis très longtemps», a-t-elle commenté. Interrogée sur le sentiment d'être «instrumentalisée», elle a répondu: «Je pense, un peu». Paris mise sur le soutien de l'Allemagne, mais la manière de procéder de Claude Guéant a mis dans l'embarras son homologue Hans-Peter Friedrich, cosignataire d'une lettre réclamant un «mécanisme de compensation pour le cas où un État est incapable d'assumer ses obligations au titre de la protection des frontières extérieures de l'UE».

«Notre devoir est de sécuriser les frontières externes de l'Europe»

«J'écris des lettres avec mes homologues sur des sujets importants pour nous, mais toutes les lettres ne sont pas destinées à être publiées», a-t-il déploré à son arrivée à Luxembourg. L'empressement du ministre français à diffuser une lettre et clamer le soutien de l'Allemagne en pleine campagne électorale, alors que les thèmes liés à l'immigration enflamment les débats, a déplu à Berlin. Le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, a été très clair. «Il faut faire attention à ne pas envoyer de mauvais signaux», a-t-il expliqué dans un entretien publié jeudi par l'hebdomadaire Die Zeit.

«Notre devoir est de sécuriser les frontières externes de l'Europe de manière à rendre toute mesure nationale superflue», a-t-il précisé. La demande franco-allemande n'est pas nouvelle. Le débat sur la réforme de Schengen est ouvert depuis mars 2011, à l'initiative de la France, à la suite d'un contentieux avec l'Italie. Paris a obtenu d'ouvrir un débat sur l'opportunité d'inclure l'immigration comme un événement permettant, dans certaines conditions, de rétablir des contrôles aux frontières nationales. La Commission a présenté des propositions «pour un mécanisme de décision européen, car c'est ce qui est nécessaire», a souligné jeudi la commissaire en charge des Affaires intérieures, Cécilia Malmström. «Je n'ai pas changé d'avis», a-t-elle martelé.

L'idée est d'éviter les décisions unilatérales, plaide-t-elle. Mme Malmström a en revanche éludé les questions sur l'incidence de l'élection française. «Il y a toujours des campagnes électorales en Europe», a-t-elle ironisé. La requête franco-allemande va loin, car elle vise à «exclure temporairement» les États membres de Schengen dont les confins sont devenus des frontières extérieures, lorsqu'ils ne sont pas en mesure de les contrôler. La Grèce est directement visée. Nicolas Sarkozy a été très clair: «La frontière entre la Grèce et la Turquie n'est pas défendue», «n'est pas contrôlée, n'est pas tenue». Athènes se dit en mesure d'assumer ses obligations, si la Turquie agit pour tarir le flux des clandestins venus par son territoire. Mais Ankara veut en contrepartie des facilités de visa pour ses ressortissants dans l'UE, ce que l'Allemagne bloque.

(L'essentiel Online/AFP)

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