Agriculture: Soja argentin: l’effet Ukraine, ou le retour de «l’or vert»
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Agriculture Soja argentin: l’effet Ukraine, ou le retour de «l’or vert»

À la faveur d’un conflit paralysant deux gros producteurs de céréales et d’une hausse des cours des matières premières agricoles, l’Argentine – championne du soja et du maïs – se prend à rêver «d’agrodollars» rédempteurs pour une économie malade.

Argentine farmer Martin Semino walks at a soy field in Lobos, some 100 km west of Buenos Aires, on April 29, 2022. - Argentina's good soybean and grain harvest this year is a breath of optimism in the face of the global grain shortage brought on by the war in Ukraine. (Photo by Juan MABROMATA / AFP)

Le fermier argentin Martin Semino se promène dans un champ de soja à Lobos, à environ 100 km à l'ouest de Buenos Aires, le 29 avril 2022.

AFP

À la faveur d’un conflit paralysant deux gros producteurs de céréales et d’une hausse des cours des matières premières agricoles, l’Argentine – championne du soja et du maïs – se prend à rêver «d’agrodollars» rédempteurs pour une économie malade. À Lobos, à 100 km de Buenos Aires, dans les champs roussis à perte de vue, les moissonneuses avalent les gousses séchées de soja, de l’aube au crépuscule, sans pause et dans un nuage de poussière. Il faut profiter des jours secs avant les pluies de mi-automne, et de la conjoncture du marché.

La 3e économie d’Amérique du Sud est le premier exportateur mondial de soja sous forme de farine et d’huile, et le 3e de graines derrière les Etats-Unis et le Brésil. Le soja représente plus de 30% des exportations et a contribué en 2021 à 9 milliards de dollars (8,55 milliards d'euros) de revenus en taxes à l’export. Avec le contrecoup de la guerre en Ukraine sur les marchés des huiles et céréales, «les perspectives pour les producteurs sont bonnes, les prix internationaux aussi. Il y a de l’enthousiasme», convient Martin Semino, entrepreneur d’engins agricoles et président de la Société rurale (1ere organisation agricole) de Lobos, une région fertile au sud-ouest de Buenos Aires.

L’Argentine doit profiter au maximum de moment

Tomas Rodriguez Zurro, analyste à la Bourse de Rosario

La production de soja argentin devrait atteindre 41 millions de tonnes pour la campagne 2021-22, soit 10% de moins que l’an dernier en raison de la sécheresse. Mais les cours aidant, le secteur soja devrait rapporter un record de 23,7 milliards de dollars, 700 millions de plus qu’en 2021, selon les analystes de la Bourse des céréales de Rosario, référence du marché. Le soja est culte en Argentine. Le «boom du soja» dans les années 2000 est considéré comme ayant grandement contribué à relever le pays de sa plus grave crise économique, en 2001. Sa surface a été multipliée par 14 en 40 ans, un élan de monoculture non sans dommages collatéraux de déforestation, d’impact sur les sols et les campagnes. Mais avec des dollars, oxygène d’un pays structurellement endetté.

L’Ukraine et Russie étant de loin les plus gros exportateurs d’huile de tournesol, une opportunité s’ouvre là aussi pour l’Argentine – autour du 4e-5e exportateur mondial. Après une production record de 3,4 millions de tonnes en 2021/2022, la surface cultivée devrait augmenter de 17% l’an prochain, à 2 millions d’hectares. «Avec des prix proches de records historiques, l’Argentine, qui a toujours besoin de dollars, doit profiter au maximum de moment», analyse pour l’AFP Tomas Rodriguez Zurro, analyste à la Bourse de Rosario. La hausse des prix «est passagère, elle prendra fin lorsque la guerre sera terminée».

Mais les prix des céréales ne sont pas les seuls à s’affoler, tempérant les perspectives du secteur. Engrais, fertilisants, carburant pour les engins, «le coût des apports a explosé avec la guerre», gémit Martin Semino. «Or, une moissonneuse demande entre 600 et 1.000 litres par jour» de carburant. Récemment, les Chambres de l’Industrie oléagineuse (Ciara), et des exportateurs de céréales (CEC) ont mis en garde le gouvernement, affirmant que «la hausse des coûts de production, ajoutée à la pénurie des intrants essentiels, a neutralisé, voire pire, les bénéfices relatifs enregistrés par les produits agricoles».

(AFP)

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