Procès en France – Tué pour un kebab: «Je veux la justice pour mon fils»

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Procès en FranceTué pour un kebab: «Je veux la justice pour mon fils»

Une mère a confié jeudi, devant la cour d'assises, la douleur de sa famille «détruite», depuis la mort de son fils en 2019, tué pour un sandwich en Seine-Saint-Denis.

Le prévenu risque la prison à perpétuité.

Le prévenu risque la prison à perpétuité.

AFP

Pour sa première venue en France, cette Tunisienne s'est directement rendue avec ses deux enfants au tribunal judiciaire de Bobigny, pour témoigner devant la cour d'assises qui juge depuis mardi, El Hadji Bamba, le meurtrier présumé de son fils. «Toute une famille est détruite, surtout moi», a confié la mère entre deux sanglots, aidée d'un interprète.

«Il était tout à la maison. Il créait une énergie énorme», a aussi raconté sa petite sœur, qui fêtait, ce 16 août 2019, son mariage à Djerba lorsque la nouvelle de la mort de Mohamed Fares, à plus de 2 000 km de là, est tombée, mettant fin aux festivités. Des photos du défunt projetées la veille le montraient souriant, entouré de sa famille, cheveux bruns courts. Arrivé en France un an et demi avant sa mort, il se destinait à une carrière de plongeur-soudeur.

Ses talents de nageur lui avaient permis de survivre à un naufrage, lors d'une première tentative de traversée de la Méditerranée, avant de rejoindre l'Hexagone, avec un visa touristique. «Je veux la justice pour mon fils. Je sais que la France juge justement», a lancé la mère du défunt.

«Fais-moi le sandwich ou je te tue»

La veille, le père de Mohamed Fares avait témoigné à la barre. La présidente de la cour, Isabelle Pulver, avait alors invité l'accusé à s'exprimer. «Je demande vraiment pardon parce que je voulais pas le tuer», a lancé El Hadji Bamba, jusque-là succinct dans ses déclarations. «Me demande pas pardon», avait rétorqué le père. «Je sais qu'il ne reviendra pas, et que c'est dur à entendre. Jamais j'ai pensé que j'allais ôter la vie à quelqu'un comme ça. Je le regrette vraiment et je m'excuse sincèrement pour toute sa famille», a ajouté l'accusé, crâne rasé, barbe fournie et pull noir.

Le soir des faits, il entre dans le restaurant snack le Mistral à Noisy-le-Grand, fortement alcoolisé. Il réclame un sandwich à un premier serveur et s'impatiente de l'attente. Après plusieurs minutes, il s'en prend à un deuxième employé, Mohamed Fares, chargé ce jour-là de préparer les pizzas. D'après les témoins, Mohamed Fares tente de le calmer et lui propose une pizza à la place d'un sandwich.

El Hadji Bamba s'emporte, menace avec son arme de poing. «Fais-moi le sandwich ou je te tue», lance-t-il, avant de tirer à trois reprises. Deux balles de 9 mm se logent dans le corps du serveur, dont une dans les poumons. La victime décède sur place. L'arme du crime, achetée 1 000 euros sur Snapchat, n'a jamais été retrouvée.

«La petite frappe du coin»

Les serveurs du restaurant avaient reçu pour instruction de leur patron de «donner un sandwich gratuit de temps en temps» à El Hadji Bamba, pour «ne pas avoir de problèmes». L'accusé se prenait «pour un caïd alors qu'il est à peine la petite frappe du coin», avait commenté mardi, à la barre, le capitaine de police qui a procédé à son interpellation, cinq jours après le drame.

Lors de son interrogatoire de plus de deux heures par la cour, El Hadji Bamba a décrit une «altercation violente» et expliqué que des insultes racistes à son encontre avaient déclenché sa colère, exacerbée par les effets de l'alcool. Une version non corroborée par les témoignages, selon la présidente de la cour. Mercredi, l'expert psychologue a décrit un homme dont le «mode de fonctionnement, c'est la violence», et ayant un problème avec l'alcool depuis le décès de son père alors qu'il était jeune adulte.

À 36 ans, l'accusé, poursuivi pour meurtre, a accumulé 26 condamnations dans son casier judiciaire. Violences, conduite sans permis, vol, menaces de mort, détention de stupéfiants… El Hadji Bamba, écroué depuis les faits, a déjà effectué cinq séjours en prison, le premier alors qu'il était mineur. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

(L'essentiel/afp)

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