A Beyrouth – Un an après l'explosion, l'enquête piétine
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À BeyrouthUn an après l'explosion, l'enquête piétine

Un an après l'explosion meurtrière au port de Beyrouth qui a traumatisé le Liban, aucun responsable n'a été traduit en justice et l'enquête n'avance pas.

EDITORS NOTE: Graphic content / (FILES) In this file photo taken on August 05, 2020 an aerial view shows the massive damage at Beirut port's grain silos and the area around it, one day after a massive explosion hit the heart of the Lebanese capital. - On August 4, 2021 Lebanon will mark the first anniversary of the devastating port blast that thundered through the city, levelling entire neighbourhoods, killing more than 200 people and wounding 6,500 others. One year later, no politicians held to account and the country facing soaring poverty, a plummeting currency, angry protests and shortages of basic items from medicine to fuel, many blast survivors are simmering in the lead up to the tragedy's first anniversary. (Photo by - / AFP)

EDITORS NOTE: Graphic content / (FILES) In this file photo taken on August 05, 2020 an aerial view shows the massive damage at Beirut port's grain silos and the area around it, one day after a massive explosion hit the heart of the Lebanese capital. - On August 4, 2021 Lebanon will mark the first anniversary of the devastating port blast that thundered through the city, levelling entire neighbourhoods, killing more than 200 people and wounding 6,500 others. One year later, no politicians held to account and the country facing soaring poverty, a plummeting currency, angry protests and shortages of basic items from medicine to fuel, many blast survivors are simmering in the lead up to the tragedy's first anniversary. (Photo by - / AFP)

AFP/-
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04.08 La ville de Beyrouth a été frappée mardi par deux explosions.

04.08 La ville de Beyrouth a été frappée mardi par deux explosions.

AFP/str
Les explosions sont survenues du côté du port.

Les explosions sont survenues du côté du port.

AFP/Anwar Amro
Les images sont impressionnantes.

Les images sont impressionnantes.

AFP/str

Le 4 août 2020, des pompiers sont dépêchés au port pour éteindre un incendie. Peu après 18H00, (15H00 GMT), la déflagration fait 214 morts et plus de 6 500 blessés, dévastant des quartiers entiers de la capitale. Le soir même, les autorités imputent la tragédie à 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium, abandonnées depuis plus de six ans au port «sans mesure de précaution».

Un an plus tard, l'opinion publique attend toujours les conclusions de l'enquête libanaise, dénonçant des ingérences politiques qui pourraient saboter l'affaire. Les zones d'ombres subsistent et les mêmes questions restent sans réponse. Qu'est-ce qui a provoqué cette explosion? Pourquoi le nitrate d'ammonium a-t-il été comme oublié au port, malgré les dangers? Qui, parmi les décideurs politiques et les responsables sécuritaires, était au courant?

Certains craignent que justice ne soit jamais rendue dans cette affaire. Au moment où le juge d'instruction Tarek Bitar cherche à inculper plusieurs anciens ministres et des hauts gradés, l'immunité dont ils jouissent en raison de leurs responsabilités est mise en avant pour entraver les poursuites judiciaires.

Nitrate d'ammonium

«Ils essaient tout simplement d'échapper à la justice», assène l'avocat Youssef Lahoud, qui représente plus de 1.000 victimes de l'explosion. Malgré ces obstacles, l'enquête est «au trois quarts achevée», indique une source judiciaire proche du dossier. Et M. Bitar espère annoncer les conclusions de l'enquête «d'ici la fin de l'année».

En novembre 2013, le navire «Rhosus», battant un pavillon moldave, parti de Géorgie et à destination du Mozambique, faisait escale à Beyrouth avec à son bord le nitrate d'ammonium. A l'époque, en raison d'une sombre affaire judiciaire visant son propriétaire, le navire avait été immobilisé. La cargaison avait été déchargée en 2014 et déposée dans le hangar numéro 12, entrepôt délabré. A l'abandon, le «Rhosus» a fini par couler en 2018.

Une entreprise mozambicaine privée, Fabrica de Explosivos de Mocambique (FEM), a expliqué en 2020 qu'elle avait bien commandé du nitrate d'ammonium à la Géorgie, en 2013, mais que cette cargaison ne lui avait jamais été livrée. Selon M. Lahoud, l'enquête a permis de dévoiler l'identité de plusieurs parties impliquées, y compris le nom du propriétaire de la compagnie maritime chargée de transporter la cargaison et le nom de la banque mozambicaine ayant financé l'opération.

L'entreprise Savaro Limited impliquée?

«La justice a déterminé les responsabilités concernant la partie qui a acheminé le nitrate d'ammonium à Beyrouth, et les raisons pour lesquelles la cargaison a été déchargée, comment elle a été stockée, pourquoi elle n'a pas été détruite ou renvoyée» vers l'étranger, ajoute-t-il. «Mais l'enquête n'a pas encore déterminé si d'autres parties" seraient derrière l'expédition du Rhosus, a ajouté M. Lahoud, en allusion à des pays ou des groupes étrangers.

L'enquête locale s'est aussi intéressée à des informations de presse établissant des liens présumés entre trois hommes d'affaires de nationalité syrienne et russe avec Savaro Limited. C'est cette entreprise, spécialisée dans le commerce de produits chimiques, qui avait reçu la commande de l'entreprise mozambicaine. Elle dispose d'une adresse à Londres, mais ses véritables propriétaires restent inconnus.

(L'essentiel/AFP)

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