«Un droit de vote facultatif? Impossible!»

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«Un droit de vote facultatif? Impossible!»

LUXEMBOURG - Un droit de vote facultatif à 16 ans ne peut être mis en place, analyse Philippe Poirier, enseignant à l'Université de Luxembourg.

L'essentiel: Que pensez-vous de l'idée d'abaisser l'âge du droit de vote à 16 ans?

Philippe Poirier: Le débat n'est pas nouveau. Dans plusieurs pays européens, dont le Luxembourg, la question a déjà été soulevée. Dans le contexte luxembourgeois, cela pourrait avoir un réel impact. Beaucoup des futurs électeurs sont des immigrés de la deuxième ou de la troisième génération, qui ne connaissent pas bien les institutions. Leur donner le droit de vote dès 16 ans serait un moyen de mieux les intégrer.

Mais les jeunes libéraux ne veulent qu'un droit de vote facultatif. Seuls ceux qui s'intéressent déjà à la politique participeraient.

Un droit de vote facultatif est impossible. Légalement, il existe au Luxembourg ceux qui votent, dès 18 ans et c'est obligatoire, et ceux qui ne votent pas. Créer une troisième catégorie serait remettre en cause le principe fondamental de l'égalité.

Donner le droit de vote dès 16 ans pourrait-il aider les jeunes à s'intéresser davantage à la politique?

Dans toutes les études faites, il n'y a aucun lien prouvé entre la baisse de l'âge du droit de vote et une meilleure politisation des jeunes. La vraie question est comment créer l'intérêt pour la politique? Est-ce en donnant le droit de vote à 16 ans ou en offrant des programmes de sensibilisation et d'éducation? Il faut faire un effort fondamental sur la façon dont les jeunes abordent la politique.

Comment faire?

C’est un réel problème. Tous les partis politiques sont d’accord pour revaloriser les cours de civique. Mais aucun n’est d’accord sur le contenu.
Et puis qui va former les professeurs, instruire ces cours ? Il y a un risque de politisation, ce qui est inacceptable dans un système scolaire.

Pour revenir au droit de vote à 16 ans, quelle influence pourrait-il avoir sur la vie politique ?

Dans tous les pays qui ont abaissé l’âge du droit de vote, on a constaté que cela oblige les partis à défendre de nouveaux thèmes. Les jeunes mettent le doigt sur des questions qui ne sont pas encore articulées par le corps politique.
Par ailleurs, les partis s’élancent dans une course effrénée pour rajeunir leurs cadres, revoir leur marketing, etc… Ce que l’on a aussi observé, c’est que le parti qui introduisait une baisse de l’âge du droit de vote était sanctionné lors des premières élections qui suivaient la décision.

Est-ce qu’il y a un risque de démagogie plus grand de la part des partis, pour séduire ce nouveau public?

Dans une démocratie, ce risque est perpétuel. Mais les partis sont conscients qu’ils sont vecteurs de questions économiques et sociales. Ils sont demandeurs de jeunes, car ils remarquent qu’ils sont décalés sur certaines réalités.
Et puis les personnes plus âgées ne sont pas plus rationnelles dans leur vote que les jeunes. Beaucoup votent pour une personnalité ou sur un enjeu d’actualité et pas vraiment sur un programme.
Les jeunes vont très vite prendre ces habitudes.

Propos recueillis par I. Hartmann

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