Procès en France – Un enquêteur accable Francis Heaulme

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Procès en FranceUn enquêteur accable Francis Heaulme

MONTIGNY-LÈS-METZ/VERSAILLES - Un enquêteur de la police a témoigné au procès de Francis Heaulme, évoquant les «mélanges» de l'accusé lorsqu'il était interrogé.

Jean-François Abgrall, qui a enquêté sur d'autres affaires impliquant Francis Heaulme, a témoigné lors du procès.

Jean-François Abgrall, qui a enquêté sur d'autres affaires impliquant Francis Heaulme, a témoigné lors du procès.

AFP/Jean Christophe Verhaegen

«Tout est là, mais pas à sa place»: au procès en appel de Francis Heaulme pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz, le gendarme qui l'a arrêté en 1992 a livré à la barre son analyse du discours singulier du tueur en série. Debout dans sa veste noire, Jean-François Abgrall raconte comment en 1989, alors gendarme à la section de recherches de Rennes, il a été saisi du meurtre d'Aline Peres, une aide-soignante retrouvée morte sur une plage. C'est dans cette enquête qu'il rencontre Francis Heaulme, qui mène alors une vie d'errance entre les foyers Emmaüs et les hôpitaux, et qu'il interpellera trois ans plus tard pour ce crime, en 1992.

Cette année-là, à la maison d'arrêt de Brest, au milieu d'une logorrhée, Francis Heaulme décrit une scène singulière: il circule à vélo près d'une voie de chemin de fer, des enfants lui jettent des cailloux, il monte en haut de ce talus et voit des policiers et des pompiers, à côté d'enfants morts. Une scène qui pourrait correspondre au double meurtre de Cyril Beckrich et Alexandre Beining, tués à coups de pierre sur un talus SNCF, le 28 septembre 1986. À l'époque pourtant, il n'a pas connaissance de cette affaire, car elle est close: Patrick Dils a été condamné pour ces faits, elle n’apparaît plus dans les fichiers de la police.

Heaulme nie toujours

Après son arrestation, Francis Heaulme sera condamné pour huit autres meurtres. Il parle de ces «pépins», «sauf qu'à un gendarme de Reims il va parler de ce qu'il a fait à Périgueux, et à Périgueux il va parler de Charleville-Mézières», affirme M. Abgrall. «Tout est là, mais pas à sa place», résume-t-il. Il «transpose: il y a des éléments d'autres affaires, et d'autres qui collent avec des gens qu'il connaît». Francis Heaulme adopte aussi souvent une «position de témoin». «Quand il est dans cette position de spectateur, il donne plein de détails. C'est pas quelqu'un qui va avouer quelque chose, c'est quelqu'un qui va expliquer».

Me Liliane Glock, avocate de l'accusé, taille en pièces le procès-verbal du 24 octobre 1997, dans lequel le gendarme rapporte, cinq ans après, les propos de Francis Heaulme à la maison d'arrêt de Brest. En 1992, «vous ne dressez pas de PV de ses propos. Pourquoi?», demande-t-elle. «Je ne viens pas pour l'entendre mais pour prendre ses empreintes. Je ne sais pas quelle valeur ça a», se défend M. Abgrall, qui souligne n'avoir pu faire le rapprochement avec Montigny-lès-Metz qu'en 1997. «J'ai parlé à Abgrall de Montigny, mais je ne lui ai pas dit que j'avais découvert les corps. J'ai parlé de la benne, le talus, c'est tout», déclare Francis Heaulme au président. Poussé par l'avocat général, il lance: «Jusqu'à maintenant j'ai reconnu tous les meurtres». Le verdict est attendu le 21 décembre.

(L'essentiel/afp)

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