Bande dessinée – Un retour à la vie après la tuerie de «Charlie Hebdo»
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Bande dessinéeUn retour à la vie après la tuerie de «Charlie Hebdo»

Dessinatrice à «Charlie», Catherine Meurisse a échappé au massacre. Dans «La Légèreté», elle raconte et dessine son retour à la vie.

Le 7 janvier 2015, Catherine Meurisse, auteure de bandes dessinées et dessinatrice à «Charlie Hebdo», est arrivée en retard à la conférence de rédaction hebdomadaire. Elle a ainsi échappé au massacre qui a décimé l’équipe du journal. Une équipe avec laquelle elle avait travaillé pendant plus de dix ans. Traumatisée par la violence de l’attentat, elle n’a pas seulement perdu ses amis journalistes et dessinateurs, elle a aussi perdu l’envie de dessiner, la légèreté de vivre et jusqu’à la mémoire. «J'ai été plongée dans un état de sidération pendant des mois. Mais j'avais une intuition tenace. La beauté, comme un antidote à l’horreur, devait me sauver», explique-t-elle.

Dans «La Légèreté», elle raconte son retour à la vie, à la mémoire et au dessin. «Comme beaucoup de dessinateurs après le 7 janvier, j’ai cru que je ne pourrais plus jamais dessiner. Cela me semblait impossible de continuer, comme si mon dessin avait été abattu avec mes amis. Après le "numéro des survivants", j’ai cessé d’aller à la rédaction et de réaliser des dessins politiques», dit-elle. Il lui a fallu du temps pour retrouver ses esprits, le dessin et la culture qu’il exige. Tenter de comprendre ce qui lui arrivait importait plus que de se ruer tête baissée dans l’actu. «Après un tel choc, le rire était absent, ou plutôt sans vie. Après les événements, traiter de l’actualité était devenu dérisoire».

Dans «La Légèreté», elle imagine ainsi une discussion avec Charb, dessinateur et directeur de «Charlie Hebdo» assassiné le 7 janvier. Elle lui annonce sa décision d’arrêter le dessin de presse après l’attentat. Pourtant, «après ce qui s’est passé, tu devrais avoir des années de colère à venir, donc des années de caricatures à pondre!», s’étonne alors Charb.

«Mais après l’attentat, je n’ai pas réussi à être en colère, ma rage était dans les limbes. Et sans colère, pas de sursaut, pas de "coup de poing dans la gueule", comme disait Cavanna». Privilégier la lenteur et la réflexion sur soi, sur le dessin et sur l’écriture que permet la bande dessinée, tel a été le pari de Catherine Meurisse. Et la beauté l'a sauvée de l'horreur absolue. Un témoignage fort et touchant pour le lecteur.

(Denis Berche/L'essentiel)

«La Légèreté». Catherine Meurisse. Dargaud.

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