Abus sexuels sur enfants – Un Suisse accusé d'avoir fait 122 victimes

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Abus sexuels sur enfantsUn Suisse accusé d'avoir fait 122 victimes

Un travailleur social qui se considère lui-même comme pédophile est accusé d'avoir abusé de 122 enfants ou personnes handicapées.

Gabriele Berger, la chef des enquêtes spéciales de la police judiciaire bernoise, s'est exprimée mardi devant la presse.

Gabriele Berger, la chef des enquêtes spéciales de la police judiciaire bernoise, s'est exprimée mardi devant la presse.

Keystone

Les crimes ont principalement été perpétrés au sein institutions dans lesquelles ce Bernois de l'Oberland âgé de 54 ans a travaillé ces 29 dernières années. Près des trois quarts sont prescrits. Selon l'enquête ouverte en mars 2010 dans le canton d'Argovie, l'accusé, qui se décrit lui-même comme pédophile, a sévi dans les neuf établissements qui l'ont employé. La plupart se situent dans le canton de Berne et deux se trouvent en Appenzell et en Allemagne, ont indiqué mardi devant les médias les représentants du Ministère public et de la police bernois.

Interrogé plus d'une cinquantaine de fois depuis son interpellation suite à l'ouverture d'une enquête consécutive à une dénonciation de deux victimes, l'homme s'est montré «très coopératif», selon le communiqué du Ministère public. Il a avoué avoir abusé de 114 victimes alors que dans huit cas il s'agit de tentatives. Les victimes sont en grande majorité des jeunes hommes handicapés, physiquement ou mentalement. Parfois aussi des femmes. L'accusé s'est également attaqué à des enfants de membres du personnel de certains établissements. La victime la plus jeune était âgée d'une année à l'époque des faits.

Plusieurs fois par jour

Les abus ont essentiellement eu lieu à l'intérieur des foyers, durant la nuit ou au moment des soins corporels. L'homme touchait alors les parties intimes de ses victimes. Plusieurs fois, des rapports sexuels oraux ont eu lieu, ainsi que des attouchements anaux. Des abus pouvaient être infligés à une même victime plusieurs fois au cours d'une même journée. Dans 18 cas, des photos ainsi que des films ont été réalisés. Selon les résultats de l'enquête, aucun matériau n'aurait été posté sur internet. Afin que personne ne puisse se rendre compte de ses actes, l'homme avait souvent des habits de rechange avec lui.

L'affaire a commencé à la fin de l'hiver 2009-2010 quand deux pensionnaires d'une institution pour handicapés ont expliqué à leurs parents avoir eu des contacts sexuels avec un membre du personnel. Les parents ont averti la direction, qui s'est tournée vers la police. Les soupçons se sont portés sur un seul homme, qui a été arrêté début avril 2010. Les interrogatoires ont mis au jour que l'accusé a commis à plusieurs reprises des actes d'ordre sexuel à l'encontre de ces deux handicapés. Le travailleur social a alors révélé plusieurs informations concernant des cas semblables dans lesquels il était impliqué. La plupart sont aujourd'hui prescrits. Trente-trois d'entre eux seront poursuivis.

Echappé de justesse à la justice

L'accusé n'a pas d'antécédents judiciaires pour délits d'ordre sexuel. Il s'en est toutefois fallu de peu. L'homme a en effet été mis hors de cause suite à une enquête menée en 2003 après une dénonciation d'une jeune fille handicapée de 13 ans contre un assistant travaillant dans la même institution que lui. Vu le grave handicap de la jeune fille, la véracité de ses déclarations avait dû être relativisée, expliquent les autorités judiciaires bernoises. On avait alors estimé que la déclaration du prévenu concernait l'autre assistant social, lequel avait ensuite été condamné à une peine privative de plusieurs années de liberté, précisent-elles.

Malgré les vastes investigations, le soupçon envers l'actuel prévenu n'avait pu être étayé à l'époque. Sur la base des résultats de l'enquête, en accord avec le Ministère public, le service de juges d'instruction Berne-Mittelland avait dès lors décidé de ne pas ouvrir de procédure pénale contre ce dernier. En raison des nouveaux éléments mis à jour, le cas va être réinstruit, ajoutent-elles. Les neuf institutions pour personnes handicapées ont toutes été contactées à la mi-janvier. Depuis mardi, toutes les victimes ou leurs représentants légaux sont contactés de manière personnelle. Les 31 personnes dont le cas ne tombe pas sous le coup de la prescription ont déjà été informées, les autres le seront ces prochains jours.

En raison du grand nombre de personnes concernées, une commission spéciale a été mise en place. Plus de trente équipes de la police de sûreté ont été mobilisées. En tout, ce sont pour l'heure près de 100 collaborateurs des autorités pénales qui travaillent sur cette affaire.

(L'essentiel online/atk)

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