Drame au Luxembourg – «Un tir précis face à un danger, c'est difficile»

Publié

Drame au Luxembourg«Un tir précis face à un danger, c'est difficile»

ETTELBRUCK - Un instructeur en balistique nous a livré son sentiment sur les faits dramatiques survenus samedi, à Ettelbruck.

Tirer face à une difficulté est loin d'être évident.

Tirer face à une difficulté est loin d'être évident.

Après le Covid-19, la vaccination ou encore les dernières inondations, d’improbables et de très nombreux nouveaux experts viennent d’apparaître, depuis 48 heures, sur les réseaux sociaux au Luxembourg. Face aux faits dramatiques survenus à Ettelbruck, samedi soir, où un homme a perdu la vie après avoir tenté d’agresser au couteau deux policiers, des experts en balistiques tirent dans tous les sens, bien cachés derrière leurs écrans de smartphones ou d’ordinateurs.

«J’ai rarement lu autant de bêtises», nous confie un instructeur qui insiste d’emblée sur le caractère «remarquable» du travail de la police. «Je pense que le policier a très bien réagi. Quand on analyse correctement les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, on remarque que les policiers n’ont sorti leurs armes à feu qu’au moment où le voleur de la voiture a sorti son couteau. Les deux policiers se sont retrouvés face à une vraie situation dangereuse. Le tir était inévitable. On n’est pas dans un film. Un tir précis face à un tel danger, ce n’est pas facile du tout. Tirer sur une cible qui bouge, avec le stress, la peur et l’adrénaline, ce n’est pas évident. Les gens ne s'en rendent pas compte...».

«Dans cette situation complexe, le tir était justifié»

Et dans une telle situation, la première consigne est de calmer les choses. «Là, sur les images, on remarque que l’homme voulait en découdre avec les policiers, lorsqu’il a foncé sur eux avec un couteau», souligne notre expert. «Il fallait donc défendre sa propre vie et celle de son binôme. Sans oublier la vie des gens à proximité. Ici, le policier luxembourgeois n’a tiré qu’une seule fois. Aux États-Unis, dans la même situation, les tirs auraient été plus nombreux. Malheureusement, et il faut le répéter, la personne a succombé à ses blessures. Aucun policier ne veut faire usage de son arme à feu».

«Une partie de la population ne perçoit pas à quel point la situation était dangereuse pour les deux policiers», regrette encore notre analyste. «Tirer est toujours une décision compliquée. Que se serait-il passé si la balle avait ricoché sur un enfant qui passait à vélo? Si l’homme avait repris le véhicule volé et écrasé un civil? La situation est extrêmement complexe et le tir était justifié. Il fallait neutraliser la menace. Quand une cible bouge dans tous les sens, ce n’est pas évident, je le répète».

«Derrière les écrans, les gens racontent n’importe quoi...»

«Cette arme (Heckler & Koch SFP9) est beaucoup moins létale que la précédente», souligne notre instructeur, pour qui, également, «le taser, c’est du grand n’importe quoi». «Sur certaines personnes, les tasers n’ont parfois aucun effet. Et sur d’autres, aux États-Unis, on a déjà vu que certaines personnes ont fait des arrêts cardiaques à cause des tasers. C’est la même chose avec les gaz lacrymogènes, sur certaines personnes, l’effet est nul. Si un criminel est sous l’influence d’un stupéfiant, même une matraque ne sert à rien...».

Et notre expert de plaider pour un rapide déploiement de caméras corporelles auprès des policiers. «Les bodycams, ce serait un vrai plus pour la population et les policiers», dit-il. «Et ce n’est pas un très grand investissement. Au moins avec les caméras, on voit ce qu’il se passe. Et par rapport aux images diffusées sur les réseaux sociaux, je trouve que c’est incroyable, cela devrait être interdit. Derrière un écran, les gens racontent n’importe quoi. C’est loin d’être un jeu et un être humain vient de perdre la vie».

(L'essentiel/fl)

Ton opinion