Sexe et handicap – «Une assistante sexuelle n'est pas une prostituée»
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Sexe et handicap«Une assistante sexuelle n'est pas une prostituée»

LUXEMBOURG – Au Grand-Duché comme en France, les personnes handicapées physiques et mentales n’ont pas le droit à une assistance sexuelle. Un sujet qui demeure tabou.

Autorisée en Belgique, en Allemagne ou encore en Suisse, l’assistance sexuelle n’a jamais été légiférée au Luxembourg.

Autorisée en Belgique, en Allemagne ou encore en Suisse, l’assistance sexuelle n’a jamais été légiférée au Luxembourg.

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«Certaines personnes handicapées de 40 ou 50 ans n’ont jamais eu de rapports. Elles n’ont jamais été touchées de manière affective. Un simple baiser, le contact de la peau, sentir des caresses, connaître l’orgasme, une autre sensation que les gants en latex d’une infirmière quoi!», s’exclame Joël Delvaux, handicapé physique depuis sa naissance. Avec sa femme Andréa, atteinte d’une maladie dégénérative et décédée en décembre, le Luxembourgeois a tenté de trouver une assistante sexuelle au Luxembourg. Sans succès.

«Il y a trois ans, nos handicaps ne nous permettaient plus d’avoir des relations normales. Nous aurions eu besoin d’une assistante sexuelle simplement pour coucher Andréa sur le lit et pour la changer de position pendant le rapport. Vu que ça n’existe pas au Luxembourg, nous avons cherché du côté des escort girls, mais les services étaient beaucoup trop chers». Pendant trois ans, le couple a donc dû se contenter de simples caresses.

La masturbation, cachée, mais bien réelle

Autorisée en Belgique, en Allemagne ou encore en Suisse, l’assistance sexuelle n’a jamais été légiférée au Luxembourg. «Personne ne s’est posé la question. Dans le cadre légal cela revient à l’assimiler au proxénétisme, qui lui est interdit», explique Norbert Campagna, professeur de philosophie à l’Uni. «Si la direction d'une institution autorise le personnel à avoir recours à l'assistance sexuelle, elle peut donc être accusée de proxénétisme», conclut l’auteur de l’ouvrage La sexualité des handicapés: faut-il seulement la tolérer ou aussi l’encourager.

Cachées, mais bien réelles, des pratiques comme la masturbation se pratiqueraient par le personnel soignant, qui fait face aux besoins de ses patients. «Dans les institutions, il peut arriver qu’un homme ait une érection alors que l’infirmière le lave. C’est une réaction humaine. Il y a également des couples qui se forment entre les résidents. Personne ne peut donc nier ce besoin vital», ajoute Joël Delvaux. Mais au Grand-Duché, le sujet semble encore tabou.

Ils font appel à des prostituées luxembourgeoises

Selon le réalisateur Jacques Molitor, qui s’est intéressé à la sexualité des Luxembourgeois dans «Sweetheart Come», «le problème vient de l'influence forte de l'Église, même si elle s'est ouverte ces dernières années». «C’est aussi un petit pays où les minorités sont très peu représentées», ajoute-t-il. La solution? Se résigner ou traverser la frontière allemande: «La plupart se rendent à Trêves dans une maison close nommée le Eros Center. Mais c’est beaucoup plus problématique pour les femmes, car il y a très peu d’hommes qui se prostituent», explique Joël Delvaux.

Membre de l’association «Nemme mat eis», tenue exclusivement par des personnes handicapées, il connaît également des hommes faisant appel à des prostituées luxembourgeoises: «Cela peut être une alternative, mais je tiens à rappeler qu’une assistante sexuelle n’est pas une prostituée. Cela nécessite une connaissance du handicap et une formation approfondie. Le Luxembourg doit créer un vrai statut», s’indigne Joël, pour qui la sexualité ne doit pas être un luxe, mais un droit.

La bande-annonce du film «The Sessions», au cœur du sujet.

Le film «Sweetheart Come», de Jacques Molitor, auquel Joël Delvaux a participé

Nastassia Solovjovas/L'essentiel Online

Que fait le gouvernement luxembourgeois?

En mars 2012, Marie-Josée Jacobs, ministre de la Famille et de l’Intégration, a présenté le plan d’action de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CRDPH). «Nous devons unir nos forces pour que l’importance de l'inclusion des personnes handicapées dans tous les domaines de la vie ne soit plus méconnue», affirmait la ministre. «Le problème, c’est qu’il n’y a pas un mot sur la sexualité dans ce plan d’action», déplore Joël Delvaux.

Et en Europe?

Les Pays-Bas sont le premier pays à l’avoir développé dans les années 80. Des formations existent en Suisse où le métier est très encadré et réglementé depuis 2007. L’Allemagne est également l’un des premiers à l’avoir mis en place. À voir sur L’essentiel Online en allemand, un reportage sur les «Sexualbegleiter». L’assistance sexuelle est également autorisée en Autriche, en Belgique ou encore en Italie.

Le débat en France

Tout comme au Luxembourg, l’assistance sexuelle en France est assimilée à la prostitution. Depuis quelques semaines, le débat a été relancé dans le pays. Le 12 mars dernier, le Comité national d’éthique s’est prononcé contre. Le département de l’Essonne a également jeté un pavé dans la marre en proposant la création d’un statut particulier. Ce qui a été rejeté lundi par le Conseil général. La sortie du film «The Sessions», racontant l’histoire vraie d’un homme paralysé, a également déchaîné les passions dans les médias (voir la vidéo).

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