En Ukraine – Une chaîne prorusse menacée de fermeture
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En UkraineUne chaîne prorusse menacée de fermeture

Une chaîne de télévision russophone ukrainienne est menacée de fermeture après avoir provoqué un tollé en diffusant un concert avec des stars russes qui ont soutenu l'annexion de la Crimée et la rébellion séparatiste.

La chaîne Inter se dit victime d'une persécution.

La chaîne Inter se dit victime d'une persécution.

Capture d'écran Inter

Le show, retransmis en direct de Moscou dans la nuit du Nouvel An sur la chaîne Inter, a suscité une véritable tempête sur les réseaux sociaux qui ont appelé les autorités pro-occidentales ukrainiennes à réagir. Présents à ce concert, les chanteurs Iossif Kobzon et Valeria «soutiennent les terroristes ainsi que la prise de la Crimée et du Donbass», bassin minier de l'est de l'Ukraine en grande partie contrôlé par les séparatistes prorusses, a accusé jeudi le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense, Olexandre Tourtchinov, avant de demander à l'organisme chargé de l'audiovisuel de «priver de licence la chaîne Inter qui mène une guerre médiatique contre son propre pays».

Le légendaire crooner soviétique (et désormais également député au Parlement de la Fédération de Russie) Iossif Kobzon, parfois surnommé le Franck Sinatra russe pour sa voix et ses liens présumés avec la mafia, a été déclaré persona non grata en Ukraine en raison de l'appui qu'il a apporté aux séparatistes du Donbass, dont il est originaire. Un des blogueurs les plus populaires d'Ukraine, Serguiï Ivanov, a de son côté écrit que la chaîne de télévision incriminée avait «craché au visage de tous les Ukrainiens et sur les tombes des soldats» ukrainiens ayant péri dans le conflit dans l'Est qui a fait plus de 4 700 morts depuis la mi-avril. Sur Facebook, une campagne a été déclenchée appelant à «brûler» les locaux d'Inter tandis que se déroulait dans les rues de Kiev un défilé aux flambeaux traditionnellement organisé par les ultranationalistes ukrainiens chaque 1er janvier. Selon l'experte ukrainienne des médias Natalia Ligatcheva, interrogée vendredi sur les ondes de la radio indépendante russe Echo de Moscou, la direction de cette chaîne a lancé «de façon délibérée un défi cynique» au peuple ukrainien.

Mais comment voulez-vous qu'on lutte contre un tel cynisme?

Inter a qualifié vendredi les attaques dont elle est la cible de «provocations et de pressions politiques sur les médias», tout en se félicitant que son show de Nouvel An ait été «le plus regardé» en Ukraine avec près de 11 millions de téléspectateurs. La chaîne, qui avait ouvertement soutenu le président prorusse Viktor Ianoukovitch avant sa fuite en Russie en février à la suite de trois mois d'un mouvement de contestation de son régime réprimé dans le sang, est souvent accusée d'être le porte-voix de la propagande russe en Ukraine. Elle est contrôlée par l'oligarque prorusse Dmytro Firtach, le député d'opposition et ex-chef de l'administration de M. Ianoukovitch, Serguiï Levotchkine, et la chaîne publique russe de télévision Pervy Kanal qui qualifie souvent les autorités ukrainiennes pro-occidentales de «fascistes».

Le Conseil national de l'audiovisuel doit se réunir à la mi-janvier pour examiner la demande de M. Tourtchinov, mais, sans attendre ses conclusions, le ministre ukrainien de la Culture Viatcheslav Kirilenko a proposé jeudi de purement et simplement «fermer» Inter. «Il y aura des procès et on sera accusé de persécuter l'opposition. Mais comment voulez-vous qu'on lutte contre un tel cynisme?», a interrogé le ministre. Depuis la chute en février du pouvoir prorusse en Ukraine, Kiev estime être la cible de la «guerre médiatique» livrée par les médias russes et la diffusion de plusieurs chaînes de télévision russes a déjà été interdite par la justice. Les autorités pro-occidentales tentent tant bien que mal de mettre en place «une contre-propagande efficace», selon les termes du président Petro Porochenko qui a créé dans ce but un nouveau ministère, une initiative très critiquée par les journalistes et la société civile.

(L'essentiel/AFP)

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