Débats – Une Chambre en ébullition pour parler aviation

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DébatsUne Chambre en ébullition pour parler aviation

LUXEMBOURG - Les ministres et les députés sont apparus très remontés ce jeudi matin lors des débats portant sur l'avenir de l'aviation au Luxembourg.

Pour Lucien Lux, l'arrivée des compagnies low cost doit faire réagir Luxair. (editpress)

Pour Lucien Lux, l'arrivée des compagnies low cost doit faire réagir Luxair. (editpress)

Le ministre des Finances, Luc Frieden (CSV), n’a pas caché sa colère au moment de prendre la parole. «J’interdis quiconque de dire que je suis allé au Qatar pour travailler contre les intérêts du Luxembourg. Le but de mes voyages était toujours de faire en sorte qu’un pays en forte croissance comme le Qatar se décide à investir chez nous».

Il a aussi réfuté les affirmations selon lesquelles il aurait demandé à M. Wiltgen, aujourd’hui, président du conseil d’administration de Cargolux, de l’accompagner lors de ces voyages. «Il était là à la demande du Grand-Duc héritier et c’est bien son droit».
Bien que l’alchimie entre Qatar Airways et Cargolux n’ait manifestement pas pris, le ministre chrétien-social a demandé aux députés de ne pas lui faire de procès d’intention sur des événements passés avec les éléments que nous avons aujourd’hui.

«Nous avons besoin de Luxair et de Cargolux»

Avant lui, Claude Wiseler, ministre du Développement durable et des Infrastructures (CSV), était également apparu très remonté au pupitre de la Chambre des députés. «En 2009, lorsque je suis arrivé aux responsabilités, on m’a laissé trois mois pour trouver un nouvel actionnaire majoritaire dont on savait depuis 2001 qu’il était en faillite», a-t-il justifié d’emblée pour expliquer l’entrée de Qatar Airways dans le capital de Cargolux. Il a donné son accord, au nom du gouvernement, pour que l’État participe à une prochaine augmentation de capital de la compagnie aérienne de fret.

«Nous avons besoin de Luxair et de Cargolux», a-t-il martelé. Mais «l’État n’a pas le droit de tout faire, quand bien même il est actionnaire d’une société privée. Il doit se comporter comme un actionnaire privé et doit le prouver auprès de Bruxelles», a-t-il affirmé.

Insistant sur le terme «stratégie», Claude Wiseler a décliné celle du gouvernement pour Cargolux en trois points. «Cargolux doit vivre, Cargolux doit réaliser le plus de tonnage possible et Cargolux doit continuer à donner du travail au Luxembourg». Le ministre s’est une nouvelle fois positionné en faveur du maintien de la maintenance au Grand-Duché. «Idéalement il faudrait que la maintenance puisse trouver d’autres clients que Cargolux afin de la rendre plus compétitive», a-t-il conclu, avant de plaider pour une discussion avec tous les acteurs concernés sur les vols de nuit. Il a inclus la ville de Luxembourg, celle de Niederanven mais aussi les syndicats d’intérêts locaux dans sa liste d’acteurs concernés.

Il soutient la proposition du ministre de l’Économie, Étienne Schneider (LSAP), d’autoriser les vols de nuit au même rythme que les dérogations sont accordées aujourd’hui, soit entre 1 000 et 1 500 par an.

«Luxair ferme ses lignes une à une»

C'est le chef de la fraction parlementaire socialiste, Lucien Lux, qui avait ouvert les débats dès 9h jeudi matin. «Ce débat sur l’avenir de l’aviation à la Chambre des députés doit être compris par le gouvernement comme un signal d’alarme». Dans son intervention, il a souligné l’importance des deux compagnies que sont Luxair et Cargolux pour «l’élaboration de stratégies nationales».

Sur le transport de passagers, Lucien Lux a insisté sur le risque que Luxair ferme ses lignes une à une en laissant la place aux compagnies low cost, «lesquelles, il ne faut pas se voiler la face, n’opèreront que sur les lignes qui leur sont rentables» laissant derrière elles «un désert».

«Le manque de stratégie du gouvernement»

Il s’est plus longuement attardé sur le cas de Cargolux. Sans doute inspiré par les discours des syndicats il y a deux jours devant la Chambre, le député a rappelé que les frais de personnel ne représentaient que «13 à 14%» des dépenses de Cargolux. Tout en pointant plusieurs «erreurs stratégiques», à son sens, il s’est demandé s’il était bien «nécessaire d’avoir permis à Qatar Airways d’obtenir une minorité de blocages au sein de Cargolux» lors de son entrée dans le capital de la compagnie de fret.

Du côté de l’opposition, le libéral Fernand Etgen a pointé «le manque de stratégie du gouvernement». Une rengaine placée à toutes les sauces et qui commence à perdre de sa profondeur… Il a réclamé une approche cohérente et un concept durable pour le développement de la logistique.

«130 000 emplois indirects»

Juste avant lui, le chef de la fraction parlementaire du CSV, Marc Spautz, s’était évertué à démontrer que la coalition au pouvoir avait fait beaucoup pour le développement de l’aviation civile au Luxembourg. Il a aussi expliqué que selon les études les plus récentes, «l’aviation profite au Luxembourg et permet quelque 130 000 emplois indirects».

Il a plaidé pour une discussion «au calme» sur l’opportunité ou non d’autoriser les vols de nuit au Findel. Pour lui, il en va de la compétitivité du Luxembourg mais aussi de la quiétude des riverains de l’aéroport. D’après lui, il faudra trouver le meilleur compromis possible.

Deux résolutions

Pour sa part, François Bausch (Déi Gréng) s’est interrogé. Longuement. «Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas mis autant d’énergies à trouver d’autres partenaires stratégiques pour Luxair et Cargolux qu’il en a mis avec Qatar Airways? Pourquoi le ministre du Développement durable qui connaît le terrain a-t-il été écarté des discussions?».

Deux résolutions, l’une du LSAP et l’autre des Verts (pour empêcher les vols de nuit), ont été déposées.

(PaT)

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